ornementation
Coulé
Petit ornement français liant deux notes conjointes en douceur : une note d'agrément glissée vers la note principale.
Coulé, participe du verbe « couler », nomme un ornement de la musique française ancienne. Il consiste à lier deux notes voisines par une petite note glissée, généralement descendante, qui s'appuie brièvement avant de se fondre dans la note réelle. Le geste imite le glissement de la voix ou de l'archet, d'où son nom.
Le coulé cousine avec le port de voix et l'appoggiature. Pourtant les traités anciens hésitent souvent sur les frontières entre ces ornements voisins. Chez les clavecinistes français, il s'écrit par une liaison ou une petite note, et se joue sur le temps, en douceur, sans jamais casser la ligne. L'ornement n'est pas décoratif au sens gratuit : il colore l'harmonie, crée une dissonance passagère qui se résout aussitôt. Couperin, Rameau et leurs contemporains en couvraient leurs pièces, chacun avec sa notation propre. Déchiffrer ces signes demande de connaître le style, car une même marque ne dit pas la même chose d'un compositeur à l'autre.
Exemples
Couperin sème les coulés dans ses Pièces de clavecin, notamment des portraits comme « Les Barricades mystérieuses ». Rameau en use dans ses propres Pièces de clavecin, où les ornements structurent le discours. Bach, sensible au goût français, en intègre dans ses Suites françaises.