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Ouvertures & instants

Partitions de piano préludes

80 morceaux gratuits, à télécharger en PDF sans inscription.

Au départ, le prélude « précédait » une autre pièce — une fugue, une suite. Puis il s'est émancipé pour devenir un genre à part entière : une pièce brève qui capte une seule idée, une seule couleur, un seul geste. Du Clavier bien tempéré de Bach aux vingt-quatre préludes de Chopin, c'est l'un des formats les plus riches du répertoire pianistique.

Cette collection rassemble les préludes du catalogue, tous compositeurs confondus. Le Prélude en Do majeur (BWV 846) de Bach est un incontournable des débutants ; les préludes de Chopin vont du miniature accessible au tourbillon virtuose ; Scriabine et Rachmaninov y ajoutent leurs couleurs. Un prélude étant court, c'est souvent le meilleur moyen d'aborder un grand compositeur sans se lancer dans une œuvre de dix minutes.

Prélude en Do majeur, BWV 846

Johann Sebastian Bach

Le Prélude en ut majeur qui ouvre le premier livre du Clavier bien tempéré (1722) est l'une des pages les plus emblématiques de toute la musique. Cette suite continue d'arpèges d'apparence simple cache une architecture harmonique d'une perfection sublime : chaque mesure expose un accord nouveau dans une progression qui semble inévitable. Charles Gounod superposa plus tard la célèbre mélodie de son Ave Maria sur cette grille harmonique, témoignant de son universalité. Pièce d'introduction idéale au monde polyphonique de Bach.

3 pages

Prélude Op. 28 No. 7 en La majeur

Frédéric Chopin

S'il fallait ne retenir qu'un prélude de Chopin connu de tous, ce serait probablement celui-ci. Seize mesures en tout : c'est le plus court des vingt-quatre, et de loin le plus donné aux élèves. C'est le plus bref de tous, ou presque : seize mesures, une seule idée, une petite valse stylisée d'une douceur nostalgique. Sa simplicité a fait sa célébrité — on le confie souvent aux débutants. Mais sous l'apparente naïveté, Chopin glisse une harmonie qui pince le cœur au moment juste. Chaque prélude est un monde minuscule, autonome et pourtant lié à l'ensemble. À jouer isolément, ou à fondre dans le cycle entier.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 4 en mi mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 4 en mi mineur est l'un des plus célèbres du cycle des 24 Préludes de Chopin (1839), né à Majorque durant l'hiver avec George Sand. Avec le sixième, c'est l'un des deux préludes qui furent joués à l'orgue lors des obsèques de Chopin, à la Madeleine, en octobre 1849. Celui-ci tient presque tout entier dans la main gauche : une lente descente chromatique, accord après accord, qui s'enfonce comme une plainte sous une mélodie réduite à quelques notes répétées. Désespoir, résignation, on a tout dit sur cette page, l'une des plus poignantes du recueil. De tous les préludes, c'est celui que l'on associe le plus directement au deuil, et l'histoire de ses obsèques n'y est pas étrangère. Court, mais inoubliable. À écouter seul ou, mieux encore, dans la continuité du cycle entier.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 6 en si mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 6 en si mineur fait partie des 24 Préludes de Chopin (1839), écrits à Majorque durant l'hiver passé avec George Sand. Sa particularité tient à la répartition des rôles : la mélodie est confiée à la main gauche, dans un registre de violoncelle, tandis que la droite se contente d'un accompagnement discret. Ici, fait rare, c'est la main gauche qui chante : une longue mélodie grave, comme un violoncelle solitaire, pendant que la droite ponctue d'accords répétés. Mélancolie profonde, lenteur recueillie — on le rapproche souvent de son voisin en mi mineur, tant les deux partagent ce climat de deuil retenu. Chaque prélude reste un monde en miniature, à jouer seul ou, de préférence, enchâssé dans la série complète.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 9 en Mi majeur

Frédéric Chopin

Le neuvième prélude, en mi majeur, est le plus solennel du recueil et l'un des moins joués. Douze mesures à peine, mais la texture la plus épaisse de tout le recueil : Chopin y empile les voix comme nulle part ailleurs dans la série. Celui-ci est bref et grave, presque solennel : des accords pleins, une marche lente et appuyée, une majesté un peu sombre malgré la tonalité majeure. On y sent quelque chose de processionnel, de retenu. Sa densité harmonique surprend pour une pièce aussi courte. Chaque prélude vaut comme un monde en miniature, indépendant et lié tout à la fois. On peut le détacher du recueil, mais c'est dans l'enchaînement complet que Chopin lui a réservé sa vraie place.

2 pages

Petit Prélude en fa majeur BWV 928

Johann Sebastian Bach

Il s'appelle prélude, mais il se comporte comme une invention. Là où la plupart des petits préludes de Bach opposent une main qui accompagne et une main qui bouge, celui-ci fait dialoguer trois voix réelles. Un motif est énoncé, repris à une autre voix, puis à une troisième, et l'ensemble du morceau se construit à partir de ce matériau unique. C'est exactement le procédé des Inventions et des Sinfonias que Bach écrira quelques années plus tard, en s'appuyant sur le même cahier de travail. La pièce figure dans le Klavierbüchlein commencé en 1720 pour Wilhelm Friedemann. En fa majeur, elle est courte et son écriture n'est jamais dense, mais elle exige que chaque voix reste audible pour elle-même. C'est un saut qualitatif par rapport aux préludes fondés sur une figure d'accompagnement. On la donne souvent comme préparation aux Inventions à deux voix. C'est un bon usage : elle pose le même problème dans un format plus court et avec un enjeu technique moindre.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 2 en la mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 2 en la mineur appartient aux 24 Préludes de Chopin (1839), cette suite composée à Majorque pendant l'hiver passé avec George Sand. Celui-ci passe pour la page la plus déroutante du recueil : l'harmonie y refuse longtemps de s'installer, et l'oreille cherche la tonalité jusqu'aux dernières mesures. Beaucoup y voient le Chopin le plus moderne, celui qui annonce la fin du XIXe siècle. Celui-ci déconcerte. Sous une mélodie lente, presque exsangue, la main gauche égrène un accompagnement aux harmonies troubles, qui refusent longtemps de se résoudre — l'une des pages les plus étranges et les plus modernes de tout le cycle. On dirait une marche au bord du vide. Chaque prélude reste un monde en miniature, autonome et pourtant relié à l'ensemble. Liszt disait de ces pièces qu'elles étaient des « commencements poétiques » : des ouvertures sur rien, qui n'annoncent aucune œuvre à venir. Celui-ci se passe à jouer seul, mais prend tout son sens enchâssé dans la série complète.

2 pages

Petit Prélude No. 1 en do majeur BWV 933

Johann Sebastian Bach

Les six préludes BWV 933 à 938 forment un ensemble cohérent, et celui-ci l'ouvre. Bach les destinait à ses élèves, et leur ordre n'est pas arbitraire : les tonalités progressent, do majeur puis ut mineur, ré mineur puis ré majeur, mi majeur puis mi mineur. Chaque paire explore un degré du clavier dans ses deux modes. Ce premier prélude est le plus dépouillé du groupe. Deux voix, un motif bref exposé à la main droite puis repris par la gauche, et un discours qui avance par imitations régulières sans jamais s'épaissir. La texture reste transparente d'un bout à l'autre, ce qui laisse l'élève entendre exactement ce qu'il fait. En do majeur, sans altération à la clé, il est accessible dès la deuxième ou troisième année. Sa difficulté n'est pas dans les notes mais dans la conduite : les deux mains ont une importance égale, et aucune ne peut se contenter d'accompagner. C'est un excellent premier Bach polyphonique pour un élève qui a déjà joué des pièces à mélodie et accompagnement.

2 pages

Petit Prélude No. 3 en ré mineur BWV 935

Johann Sebastian Bach

Ce prélude est construit sur des séquences, et c'est ce qui en fait un excellent morceau d'apprentissage. Une séquence, en musique, est un motif répété à des hauteurs successives. Bach en use ici massivement : le même dessin de doubles croches descend ou monte par degrés, mesure après mesure, jusqu'à atteindre une cadence. Pour l'oreille, l'effet est celui d'une progression irrésistible. Pour l'élève, l'avantage est considérable : une fois le motif appris, il se retrouve transposé partout, et la pièce s'apprend en une fraction du temps qu'exigerait un morceau de même longueur écrit sans répétition. Troisième des six préludes BWV 933 à 938, en ré mineur, il présente un niveau de difficulté comparable à ses voisins immédiats. Le seul obstacle réel est le passage du pouce dans les figures descendantes, qui doit rester inaudible. Comprendre comment il est fait change la façon de le travailler, et c'est une compétence qui resservira dans tout le répertoire baroque.

2 pages

Petit Prélude en do majeur BWV 939

Johann Sebastian Bach

Pour beaucoup de pianistes, c'est le premier Bach de leur vie. Ce prélude en do majeur est le plus court et le plus simple du groupe BWV 939 à 943. Il tient en quelques lignes, ne comporte aucune altération, et repose sur un principe unique : la main droite décompose des accords en figures régulières pendant que la gauche pose les fondements harmoniques. Rien à comprendre, tout à écouter. Ces cinq préludes nous sont parvenus par les copies de Johann Peter Kellner, organiste et admirateur de Bach qui a transcrit une part considérable de son oeuvre pour clavier. La paternité de certaines de ces pièces fait débat chez les musicologues, faute de manuscrit autographe. La question reste ouverte, et elle n'enlève rien à leur utilité pédagogique. Sa brièveté est un atout. Un élève de deuxième année peut le monter en quelques séances, et découvrir avec lui ce que veut dire jouer du Bach : pas de pédale, une articulation nette, une pulsation qui ne bouge pas.

1 page

Prélude Op. 28 No. 13 en Fa dièse majeur

Frédéric Chopin

Le treizième prélude, en fa dièse majeur, offre au recueil l'une de ses rares pages franchement apaisées. Sa forme en trois volets, avec une partie centrale plus lente marquée Lento, en fait l'un des rares préludes du recueil à s'offrir un véritable épisode contrasté. C'est l'un des plus paisibles du cycle : un nocturne miniature, mélodie chantante sur des arpèges réguliers, atmosphère de calme nocturne. La section centrale, plus lente encore, suspend presque le temps avant le retour du chant initial. On y reconnaît le Chopin des nocturnes, en format réduit. Chaque prélude reste un monde en soi, indépendant et lié. On peut le jouer isolément, mais le recueil complet déploie une logique que les pièces séparées ne laissent qu'entrevoir.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 17 en La bémol majeur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 17 en La bémol majeur appartient aux 24 Préludes de Chopin (1839), composés à Majorque durant le séjour avec George Sand. Mendelssohn, qui n'aimait pas tout chez Chopin, disait de celui-ci qu'il l'aimait sans pouvoir dire pourquoi. Sa fin est célèbre : une note grave revient onze fois, comme une cloche qui s'éloigne. Celui-ci, ample et tendre, ressemble à un nocturne ou à une romance sans paroles : une mélodie généreuse, chaleureuse, portée par une trame d'accords répétés. Vers la fin, une note grave revient avec insistance à la basse, comme un glas étouffé, sous le chant qui s'éteint doucement. C'est l'un des plus chaleureux du recueil. Chaque prélude reste un monde en miniature, autonome et lié à l'ensemble. On peut le détacher de la série, mais c'est dans l'ensemble complet qu'il trouve sa pleine résonance.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 8 en fa dièse mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 8 en fa dièse mineur compte parmi les pages les plus tourmentées des 24 Préludes de Chopin (1839), nés à Majorque durant l'hiver avec George Sand. C'est l'un des trois ou quatre préludes vraiment redoutables du recueil : l'écriture y superpose une mélodie, un flot ininterrompu de notes rapides et une basse mobile, le tout confié à des mains déjà bien occupées. Celui-ci déchaîne un flot ininterrompu de petites notes à la main droite, sous lesquelles affleure une mélodie large et passionnée, tandis que la gauche soutient l'ensemble en larges arpèges. La fébrilité ne retombe jamais : c'est l'un des plus exigeants du cycle, tant pour l'endurance que pour la clarté du dessin mélodique noyé dans la dentelle. Peu de pianistes l'abordent avant plusieurs années de conservatoire, et il figure rarement dans les récitals malgré sa force. Ce huitième prélude, lui, est tout entier tempête. À jouer seul, ou idéalement dans la continuité de la série.

4 pages

Prélude Op. 28 No. 3 en Sol majeur

Frédéric Chopin

Le troisième prélude en sol majeur est de ceux que l'on reconnaît à la main gauche avant la droite. C'est, en pratique, une étude pour la main gauche déguisée en prélude : le trait continu qu'elle déroule ne s'interrompt pas une seule fois. La pièce file, légère et ruisselante : la main gauche y déroule un trait continu, fluide, presque liquide, tandis que la droite pose une mélodie claire par-dessus. Tout respire la fraîcheur ici, et ça tranche avec la gravité du prélude voisin en la mineur. C'est l'un des plaisirs du cycle, justement : ces brusques changements d'air d'une pièce à l'autre. On peut le détacher de l'ensemble, mais Chopin a pensé ces vingt-quatre fragments comme un tout, et c'est enchaînés qu'ils prennent leur pleine dimension.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 20 en do mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 20 en do mineur, l'un des plus brefs des 24 Préludes de Chopin (1839), tient en treize mesures et se réduit presque à une suite d'accords solennels. Sa progression d'accords a fasciné les compositeurs qui ont suivi : Rachmaninov en a tiré ses Variations sur un thème de Chopin, et Busoni les siennes. Treize mesures ont suffi à nourrir deux grands cycles. Ce vingtième prélude avance comme une marche funèbre, grave et monumentale, par blocs d'accords pleins qui descendent peu à peu vers le silence. Sa simplicité harmonique a fait sa célébrité, et bien des compositeurs après Chopin s'en sont souvenus. Court, mais d'une noblesse écrasante. Chaque prélude reste un monde en soi, autonome et lié. On peut le jouer seul, mais le cycle entier en révèle mieux la portée.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 21 en si bémol majeur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 21 en si bémol majeur fait partie des 24 Préludes que Chopin compose entre 1836 et 1839. Si bémol majeur, tonalité lumineuse et chaleureuse. La pièce dure environ deux minutes et présente un caractère lyrique et chantant. Cantabile, indique Chopin. La main droite déploie une mélodie expressive en croches conjointes, soutenue par une main gauche en accords brisés réguliers. Le caractère est celui d'un chant amoureux retenu, sans pathos. C'est l'un des préludes les plus tendres du recueil, à rapprocher des nocturnes par son atmosphère. Pour un pianiste intermédiaire à avancé, c'est une école de toucher chantant — il faut faire chanter la mélodie sur un fond harmonique riche, en variant subtilement les couleurs. La technique est modérée mais l'écoute musicale exigeante. Une miniature poignante qui montre Chopin sous son visage le plus poétique.

4 pages

Préludes Livre I No. 4 — Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir

Claude Debussy

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir est le quatrième Prélude du Premier Livre que Debussy compose en 1909-1910. Le titre, emprunté à un vers du Harmonie du soir de Baudelaire, donne le programme : une atmosphère plus qu'une narration, une circulation d'impressions. Tonalité de la majeur, indications Modéré et Harmonieux et souple. L'écriture exploite tout le clavier, avec des accords parallèles, des notes étrangères, des résonances suspendues. Debussy demande une dynamique précise — beaucoup de pianissimo, de doux, de doucement éclatant. La pièce est l'une des plus poétiques du recueil et l'une des plus exigeantes à interpréter parce que toute exagération la tue. Trois minutes d'une grande complexité harmonique servie par une apparente simplicité de surface.

4 pages

Prélude, Choral et Fugue

César Franck

Prélude, Choral et Fugue (1884) est le chef-d'œuvre absolu de Franck pour piano seul et l'une des œuvres majeures du répertoire post-romantique. Inspiré par le Prélude et Fugue de Bach, Franck y ajoute une section centrale de Choral qui en fait une architecture cyclique d'une intensité dramatique exceptionnelle. Le prélude en si mineur, modulant et angoissé, prépare le choral d'une majesté solennelle, qui débouche sur une fugue chromatique aboutissant à une apothéose finale où les trois thèmes se superposent.

24 pages

Petit Prélude en do majeur BWV 924 (Notenbüchlein für W. F. Bach)

Johann Sebastian Bach

Le 22 janvier 1720, à Köthen, Bach ouvre un cahier vierge et écrit sur la première page le titre d'un recueil destiné à son fils aîné. Wilhelm Friedemann a neuf ans. Ce Klavierbüchlein est le document le plus précieux que nous ayons sur la manière dont Bach enseignait, et ce prélude en do majeur en est l'une des toutes premières pièces. L'écriture est immédiatement reconnaissable. La main gauche tient de longues notes graves, presque immobiles, pendant que la droite déroule un dessin régulier qui s'enroule autour de l'harmonie. Le contraste entre une basse statique et un mouvement continu au-dessus est l'un des gestes fondateurs du style de clavier de Bach, et il est ici réduit à sa forme la plus simple. Le cahier contient aussi la fameuse table d'ornements, où Bach dessine à la main la réalisation de chaque signe. C'est le seul endroit de tout son oeuvre où il l'explique aussi clairement, et les ornements de ce prélude sont précisément ceux qu'un élève venait d'apprendre à déchiffrer. Techniquement, la pièce est accessible dès la deuxième année. Historiquement, c'est une porte d'entrée dans l'atelier d'un pédagogue.

1 page

Petit Prélude No. 2 en ut mineur BWV 934

Johann Sebastian Bach

Deuxième du recueil, et premier en mode mineur. Le changement d'éclairage est immédiat, et c'est probablement l'intention pédagogique : après un prélude clair et carré, l'élève découvre ce que la même écriture devient dans une couleur sombre. En ut mineur, la pièce déroule un mouvement régulier de doubles croches sur lequel se dessine une ligne expressive. L'harmonie est plus mobile que dans le premier prélude, avec des inflexions chromatiques qui demandent une oreille attentive, et des cadences qui retardent leur résolution. Le résultat est une pièce brève mais réellement chantante, ce qui n'est pas si fréquent dans le répertoire d'étude. Bach a écrit ces six préludes pour ses élèves, à une époque où l'apprentissage du clavier passait par la copie et l'imitation plutôt que par des méthodes imprimées. Chaque pièce isole un problème, ici l'expression dans un cadre contrapuntique strict. C'est un morceau que l'on donne volontiers en fin de troisième année, quand l'élève commence à vouloir jouer autre chose que des notes justes.

2 pages

Petit Prélude en do majeur BWV 924a

Johann Sebastian Bach

Variante du Petit Prélude BWV 924, écrit pour le Klavierbüchlein dédié à Wilhelm Friedemann, le fils aîné de Bach. La version 924a ajoute des ornements dans la main gauche, ce qui en fait un terrain idéal pour apprendre à orner sans saturer. Une page, niveau débutant avancé. Bach destinait ces pièces à l'enseignement, mais sans la moindre condescendance : la qualité musicale reste intacte. C'est une vraie école d'ornementation baroque, où l'on découvre que les ornements ne sont pas des décorations posées par-dessus, mais une façon de faire respirer et chanter la ligne. Et apprise jeune, cette logique sert ensuite dans tout le répertoire baroque.

1 page

Prélude Op. 28 No. 15 en Ré bémol majeur « Goutte d'eau »

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 15 en Ré bémol majeur, le plus long et le plus joué du cycle des 24 Préludes de Chopin (1839), doit son surnom de « Goutte d'eau » à George Sand, qui imaginait l'eau ruisseler des toits durant l'orage qui les surprit à la chartreuse de Valldemossa. Le surnom de « Goutte d'eau » n'est pas de Chopin. Il vient du récit de George Sand, qui raconte dans Un hiver à Majorque l'avoir trouvé jouant pendant que la pluie tombait sur la chartreuse de Valldemossa. La note répétée qui traverse toute la pièce a fait le reste. Tout repose ici sur une note répétée, obstinée, qui bat comme une goutte tout au long de la pièce. Sur cet ostinato, une mélodie sereine s'épanouit d'abord, avant qu'une section centrale ne bascule dans l'ombre, grave et oppressante — la note-goutte s'y fait alors menaçante. Puis le calme du début revient, apaisé. C'est l'un des sommets du cycle. À jouer seul, ou idéalement dans la continuité de la série entière.

2 pages

Prélude en ut dièse mineur, Op. 3 No. 2

Sergei Rachmaninoff

Le célèbre Prélude en ut dièse mineur Op. 3 No. 2 de Rachmaninoff fut composé en 1892 alors qu'il n'avait que 19 ans. Cette œuvre fit immédiatement sa célébrité internationale — au point que Rachmaninoff lui-même finit par la détester, ses publics du monde entier ne demandant que celle-ci. Le prélude s'ouvre sur trois coups de cloche redoutables (la-sol-ut), puis déploie un mouvement central agité avant un final monumental aux quatre portées. C'est l'archétype du romantisme russe sombre et grandiose.

8 pages

Prélude Op. 28 No. 16 en si bémol mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 16 en si bémol mineur est sans doute le plus virtuose et le plus furieux des 24 Préludes de Chopin (1839), nés à Majorque pendant l'hiver avec George Sand. C'est le plus rapide et le plus difficile des vingt-quatre : après quelques accords d'introduction, la main droite s'élance dans un torrent de notes qui ne s'arrête plus jusqu'à la dernière mesure. Après un bref portique d'accords solennels, la main droite se lance dans une cavalcade de doubles-croches à grande vitesse, balayant le clavier sans répit, pendant que la gauche martèle un galop implacable. C'est une tornade de quelques minutes, redoutable d'endurance et de précision. Si le recueil contient une tempête, elle est ici : rien d'autre dans les vingt-quatre pièces n'atteint cette vitesse ni cette violence. À réserver aux mains solides. On peut le jouer seul, mais il prend tout son relief dans l'enchaînement complet.

4 pages

Petit Prélude en ré mineur BWV 926

Johann Sebastian Bach

C'est le moment où le cahier de Wilhelm Friedemann cesse d'être facile. Les premières pièces que Bach y consigne restent modestes. Celle-ci change de registre : les doubles croches y coulent sans interruption du début à la fin, passent d'une main à l'autre, et exigent une régularité que les préludes précédents ne demandaient pas. Wilhelm Friedemann avait dix ans environ lorsqu'il l'a abordée, et il deviendrait l'un des clavecinistes les plus redoutables de sa génération. En ré mineur, la pièce est bâtie sur des figures en arpèges brisés qui parcourent le clavier en séquences descendantes. L'harmonie est simple, presque scolaire, mais elle sert de support à un travail digital continu. Vers la fin, le mouvement s'interrompt sur des accords tenus qui élargissent brusquement le discours, procédé que Bach reprendra dans ses toccatas. C'est l'un des rares préludes du recueil qui sonne réellement brillant en concert. Un élève qui le maîtrise possède les bases de tout le clavier baroque : égalité, indépendance des mains, et endurance sur un mouvement perpétuel.

2 pages

Prélude No. 6 en ré mineur, BWV 851 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°6 en ré mineur BWV 851 est l'un des plus dramatiques du Clavier bien tempéré Livre I. Ré mineur, tonalité tragique pour Bach. L'écriture exploite un motif de doubles croches arpégées qui parcourent les deux mains sans interruption pendant vingt-six mesures, à la manière du prélude n°2 en ut mineur mais avec une tension harmonique encore plus forte. Le mouvement perpétuel s'interrompt à la cadence finale par un brève descente en accords. La pièce dure environ une minute et demie et fonctionne presque comme une étude harmonique — chaque mesure est une harmonie nouvelle. Bach démontre ici sa capacité à tirer un drame entier d'un seul motif rythmique. Pour un pianiste intermédiaire, c'est une pièce courte mais exigeante : régularité métronomique, contrôle de la dynamique, conscience harmonique.

2 pages

Petit Prélude No. 4 en ré majeur BWV 936

Johann Sebastian Bach

Le plus beau des six Beaucoup de pianistes considèrent ce prélude comme la pièce la plus accomplie du recueil BWV 933 à 938, et il est nettement plus développé que ses voisins. Là où les autres tiennent en une page, celui-ci déploie un discours ample, avec une vraie progression et un point culminant. Une invention à trois voix L'écriture est polyphonique et fluide. Trois voix s'entrelacent, la basse marche régulièrement, et la ligne supérieure chante en longues phrases qui dépassent la carrure de quatre mesures. Cette longueur de souffle est ce qui distingue le morceau : il ne s'agit plus d'enchaîner des motifs, mais de conduire une ligne sur une durée. En ré majeur, la tonalité lui donne une clarté lumineuse que Bach exploite jusqu'à la cadence finale. À qui il s'adresse Le niveau technique reste raisonnable, mais l'exigence musicale monte d'un cran. C'est le prélude du recueil que l'on garde pour un élève déjà capable de tenir plusieurs voix, et il figure régulièrement dans les programmes d'examen de fin de cycle.

2 pages

Prélude Op. 23 No. 10 en sol bémol majeur

Sergei Rachmaninoff

Rachmaninov referme son opus 23 sur une page discrète, presque effacée. Après neuf préludes dont plusieurs comptent parmi les plus démonstratifs de son catalogue, ce dixième choisit le retrait. En sol bémol majeur, tonalité chargée de six bémols qui installe la main haut sur les touches noires, il déroule une mélodie simple sur un accompagnement régulier et doux. Aucun sommet, aucune tension véritable, une nuance qui ne dépasse presque jamais le mezzo forte. La pièce s'éteint plus qu'elle ne conclut. Ce choix de terminer un recueil sur sa page la plus calme n'a rien d'anodin : Rachmaninov concevait ses préludes comme des cycles, avec une progression et un équilibre d'ensemble. Il fera le même geste dans l'opus 32, dont le dernier prélude est également une pièce apaisée. Les dix préludes de l'opus 23 parurent en 1904. Ils forment, avec les treize de l'opus 32 et le célèbre prélude en ut dièse mineur de 1892, un ensemble de vingt-quatre pièces couvrant toutes les tonalités.

4 pages

Prélude Op. 28 No. 19 en Mi bémol majeur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 19 en Mi bémol majeur appartient aux 24 Préludes de Chopin (1839), composés à Majorque durant le séjour avec George Sand. Les deux mains y déroulent simultanément de larges figures brisées qui balaient presque toute l'étendue du clavier, à une vitesse qui en fait l'un des préludes les plus exigeants du recueil. C'est l'un des plus aériens du cycle : un flux d'arpèges en triolets qui court d'un bout à l'autre du clavier, léger, ailé, presque sans pesanteur. La mélodie naît des sommets de ce mouvement perpétuel, et tout file dans une allégresse murmurée. Sa fluidité a un prix — l'écriture exige une grande souplesse et une parfaite égalité des deux mains. Chaque prélude vaut comme un monde minuscule, indépendant et lié à la fois. À jouer isolément, ou mieux, dans l'enchaînement complet.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 24 en ré mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 24 en ré mineur clôt magistralement le cycle des 24 Préludes de Chopin (1839), écrits à Majorque pendant le séjour avec George Sand. Il referme le parcours entier, et Chopin lui donne une conclusion sans appel : trois notes graves isolées, frappées l'une après l'autre, qui closent les vingt-quatre pièces d'un seul geste. Pour finir, Chopin déchaîne tout : la main gauche martèle un ostinato large et houleux d'un bout à l'autre, tandis que la droite lance des traits tempétueux, des éclairs chromatiques, une mélodie qui se débat. La pièce s'achève sur trois ré graves assenés comme des coups de canon. C'est un finale à la mesure du cycle, sombre et grandiose. Chopin l'a placé là où l'on attend une conclusion apaisée, et il fait l'inverse : le recueil se termine dans la fureur. À couronner, de préférence, l'intégrale jouée d'un trait.

5 pages

Prélude No. 11 en fa majeur, BWV 856 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°11 en fa majeur BWV 856 du Clavier bien tempéré Livre I est court et joyeux. Fa majeur, tonalité chaleureuse, écriture en mesure 12/8 avec un balancement pastoral. La pièce dure moins d'une minute et déploie un mouvement perpétuel léger en croches conjointes à la main droite, soutenu par une basse en croches détachées à la gauche. Caractère gaillard, presque dansé. Bach utilise ici la forme la plus simple — quasi une invention à deux voix — pour produire un effet de fraîcheur immédiate. Une pièce souvent négligée parce qu'elle paraît facile, mais qui demande en réalité un sens rythmique impeccable et une articulation soignée. Pour un pianiste intermédiaire, c'est une porte d'entrée idéale au Clavier bien tempéré sans le poids des fugues à quatre voix. Une bouffée d'air dans le recueil.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 1 en Do majeur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 1 en Do majeur lance le célèbre cycle des 24 Préludes de Chopin (1839), écrits à Majorque durant son séjour avec George Sand. Chacun adopte une tonalité différente, selon le cycle des quintes qui alterne majeur et mineur — un clin d'œil au Clavier bien tempéré de Bach, que Chopin vénérait. Celui-ci, en ut majeur, tient en quelques lignes mais condense une intensité expressive bien à lui : une houle d'accords arpégés, montante, pressée, sur laquelle la mélodie affleure par les sommets. Bref et vif, il sert d'entrée en matière, comme une porte qu'on pousse. Car chaque prélude forme un monde minuscule, autonome et pourtant lié à l'ensemble — moments fugaces, fragments lyriques ou dramatiques. Schumann disait y trouver « la tempête, la mort, des fragments d'aigle ». On peut le jouer seul, mais l'écouter dans le cycle entier lui rend mieux justice.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 5 en Ré majeur

Frédéric Chopin

Le cinquième prélude, en ré majeur, est une pièce d'humeur claire posée entre deux voisins plus graves. Il compte parmi les plus courts de la série : une trentaine de secondes suffisent, et l'auditeur distrait risque de le manquer entièrement. Celui-ci passe en un éclair : un entrelacs de doubles-croches où les deux mains se répondent et se croisent, harmonies mouvantes, contours insaisissables. On l'a à peine commencé qu'il s'achève. C'est l'un de ces préludes-éclairs qui font tout le prix du cycle — un instant fugace plutôt qu'un morceau constitué. Chaque pièce vaut comme un monde minuscule, indépendant et lié à la fois. On peut le jouer isolément, mais l'enchaînement complet reste la voie royale.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 11 en Si majeur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 11 en Si majeur fait partie des 24 Préludes de Chopin (1839), composés à Majorque pendant l'hiver passé avec George Sand. Il passe en moins d'une minute, sans une once de gravité, coincé entre deux pièces autrement sombres. Cette respiration est voulue : Chopin dose les caractères sur l'ensemble du parcours. Celui-ci respire la grâce : un balancement léger, une mélodie souriante qui semble esquisser un pas de danse, le tout d'une fraîcheur insouciante. Court et charmant, il fait partie de ces préludes qu'on aborde sans frayeur — mais dont la justesse de ton demande, en réalité, un toucher délié et beaucoup de naturel. Chaque pièce du recueil est un monde minuscule, autonome et relié. À jouer seule ou, mieux, dans la suite du cycle entier.

2 pages

Prélude No. 17 en la bémol majeur, BWV 862 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°17 en la bémol majeur BWV 862 est l'un des préludes les plus chaleureux et les plus aimés du Clavier bien tempéré Livre I. La bémol majeur, tonalité riche et veloutée. L'écriture est polyphonique, à trois voix la plupart du temps, avec un caractère de pièce de chambre — presque une sonate en trio transposée au clavier. Tempo modéré, atmosphère sereine, mélodies expressives. La pièce dure environ trois minutes et déploie une grande variété de figures rythmiques — croches, doubles croches, syncopes. Bach démontre ici sa capacité à écrire une polyphonie chantante, où chaque voix possède son propre intérêt mélodique. Pour un pianiste intermédiaire à avancé, ce prélude est une école de balance des voix et de toucher polyphonique. La difficulté est plus musicale que technique. Une page d'une grande maturité expressive.

2 pages

Prélude No. 4 en ut dièse mineur, BWV 849 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°4 en ut dièse mineur BWV 849 est l'un des plus solennels et les plus émouvants du Clavier bien tempéré Livre I. Ut dièse mineur, tonalité grave et chargée. L'écriture rappelle un mouvement lent de sonate — une mélodie continue à la voix supérieure soutenue par des accompagnements en croches dans les voix médianes et un fondement en blanches à la basse. Atmosphère méditative, presque douloureuse, qui annonce les arias les plus poignantes des Passions. La pièce dure environ trois minutes et demande une grande capacité d'écoute polyphonique : trois ou quatre voix qui chantent simultanément, chacune avec sa propre logique. Pour un pianiste avancé, c'est l'un des préludes les plus exigeants musicalement, davantage que techniquement. Bach atteint ici une profondeur qui le rapproche du monde religieux luthérien sans jamais nommer Dieu.

3 pages

Préludes Livre I — recueil complet (12 préludes)

Claude Debussy

Douze préludes, et un détail qui change tout Debussy compose ce premier livre entre 1909 et 1910. Il y donne un titre à chaque pièce, mais il le place à la fin, après la double barre, entre parenthèses et précédé de points de suspension. Le geste est délibéré : il ne veut pas que l'interprète aborde la musique avec une image en tête. On joue d'abord, on découvre ensuite ce que Debussy avait en tête, et l'ordre importe. Ce que contient le recueil Douze pièces d'un monde à l'autre : Voiles et ses gammes par tons, Des pas sur la neige et sa désolation, La fille aux cheveux de lin devenue immensément populaire, La cathédrale engloutie et ses accords massifs, Minstrels et son humour de music-hall. L'unité ne vient pas d'un plan mais d'une manière : partout, le son prime sur le discours, et l'harmonie ne cherche plus à résoudre mais à colorer. Aborder le recueil Les difficultés sont très inégales selon les pièces. Certaines sont accessibles à un bon niveau intermédiaire, d'autres relèvent du concert.

56 pages

Prélude No. 9 en mi majeur, BWV 854 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°9 en mi majeur BWV 854 est l'un des préludes les plus lumineux et les plus simples en apparence du Clavier bien tempéré Livre I. Mi majeur, tonalité radieuse, écriture pastorale en mesure 12/8. Le balancement triolets caractéristique évoque une sicilienne ou une pastorale champêtre. Deux voix principalement, parfois trois, avec des entrées qui imitent doucement une fugue sans en être une. La pièce dure environ une minute et trente secondes et offre un moment de répit après les pièces graves qui la précèdent dans le recueil. Bach démontre ici qu'il sait écrire la sérénité aussi bien que la gravité. Pour un pianiste intermédiaire, c'est une pièce idéale pour travailler le balancement à trois et l'écriture polyphonique légère. Sans difficulté technique majeure, mais une exigence de phrasé constante. Une petite merveille.

2 pages

Prélude WoO 55 en fa mineur

Ludwig van Beethoven

Le Prélude WoO 55 en fa mineur de Beethoven est une pièce courte et grave, composée vers 1803. WoO signifie « Werk ohne Opuszahl » — œuvre sans numéro d'opus, désignant des pièces de Beethoven non incluses dans les opus officiels. Fa mineur, tonalité tragique. L'écriture exploite des accords arpégés à la main gauche soutenant une mélodie expressive à la main droite. Le caractère est élégiaque, presque liturgique. La pièce dure environ trois minutes et présente une forme libre — pas un prélude au sens baroque mais une pièce indépendante de caractère méditatif. Beethoven se montre ici dans son écriture intime, à mille lieues des sonates spectaculaires de la même époque. Pour un pianiste intermédiaire, c'est une pièce accessible techniquement mais exigeante musicalement — il faut faire chanter la mélodie sur un fond harmonique riche, sans alourdir.

4 pages

Prélude Op. 11 No. 4

Alexander Scriabin

Le Prélude Op. 11 No. 4 en mi mineur fait partie des 24 Préludes Op. 11 de Scriabine (1888-1896), cycle composé à la manière des préludes de Chopin (un par tonalité, dans l'ordre du cycle des quintes). Ce quatrième prélude (voir page 9 sur le PDF), court et émouvant, évoque l'élégie Chopinienne dans sa première période. La mélodie chantante au-dessus d'un accompagnement de croches régulières fait penser à un nocturne miniature. C'est l'une des entrées les plus accessibles dans l'univers Scriabinien.

1 page

Prélude No. 6 en ré mineur BWV 875 (Le Clavier bien tempéré, Livre II)

Johann Sebastian Bach

Ce prélude est une étude déguisée, et l'une des plus efficaces du recueil. Il repose d'un bout à l'autre sur un mouvement rapide et continu de doubles croches, réparti entre les deux mains qui se relaient. Le dessin ne s'interrompt jamais, l'harmonie progresse par séquences, et l'ensemble file d'un seul trait jusqu'à la cadence finale. C'est le type même de la pièce toccata, où l'énergie mécanique tient lieu de discours. Bach n'a jamais séparé la technique de la musique. Ce prélude entraîne l'égalité, la vélocité et le passage du pouce aussi sûrement qu'un exercice, tout en restant une pièce que l'on peut jouer en concert. C'est précisément ce que les recueils d'études du XIXe siècle chercheront à reproduire, souvent avec moins de bonheur. Le second livre du Clavier bien tempéré fut assemblé vers 1740. Comptez un niveau intermédiaire avancé : les notes ne sont pas difficiles individuellement, mais l'égalité sur la durée l'est.

2 pages

Prélude et Fugue en la mineur BWV 895

Johann Sebastian Bach

Cette pièce est une oeuvre de jeunesse, et cela s'entend. Le prélude est bref, direct, bâti sur une figure unique répétée qui ne cherche aucun développement. La fugue qui suit est de dimensions modestes, à trois voix, avec un sujet simple et un parcours sans détour. L'ensemble tient en quelques minutes et n'a pas l'ambition des grands diptyques du Clavier bien tempéré. Ce format réduit en fait un objet pédagogique de premier ordre. Un élève y rencontre l'architecture complète du couple prélude et fugue, avec toutes ses caractéristiques, mais à une échelle où le travail reste maîtrisable. C'est exactement la marche intermédiaire qui manque souvent entre les inventions et le Clavier bien tempéré. La datation est incertaine, mais l'écriture renvoie aux années de formation, avant Weimar. Bach avait alors une vingtaine d'années et absorbait tout ce qui lui passait entre les mains, des maîtres nord-allemands aux Italiens. Comptez un niveau intermédiaire.

4 pages

Prélude Op. 28 No. 12 en sol dièse mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 12 en sol dièse mineur fait partie des 24 Préludes que Chopin compose entre 1836 et 1839, en partie à Majorque. Sol dièse mineur, tonalité grave et tendue, rare dans le répertoire pianistique. La pièce dure environ une minute et trente secondes et présente un caractère dramatique, presque furieux. Presto, écrit Chopin. La main droite déploie une mélodie tendue en croches et doubles croches, soutenue par une main gauche en accords brisés agités. C'est l'un des préludes les plus extravertis du recueil, qui contraste fortement avec les pièces méditatives qui l'entourent. Pour un pianiste avancé, c'est une pièce exigeante techniquement — il faut maintenir l'agitation pendant toute la pièce sans perdre la clarté. La tonalité de sol dièse mineur, avec ses cinq dièses, demande une lecture attentive. Une page intense qui montre Chopin sous son visage le plus dramatique.

5 pages

Prélude Op. 28 No. 18 en fa mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 28 No. 18 en fa mineur est l'un des plus véhéments des 24 Préludes de Chopin (1839), écrits à Majorque pendant l'hiver passé avec George Sand. Il ne chante pas, il déclame : l'écriture procède par formules jetées à l'unisson, avec des silences abrupts, dans une véhémence qui tient du récitatif d'opéra plus que de la pièce pour piano. Ici, point de mélodie sage : la pièce est faite de récitatifs abrupts, de fusées à l'unisson qui montent et retombent, entrecoupées de silences brutaux. On dirait un orateur en colère, qui assène ses phrases puis s'interrompt. Le ton est dramatique, presque théâtral, et la fin claque sur des accords rageurs. C'est l'une des pages les plus abruptes que Chopin ait écrites, et l'une des moins jouées du recueil. Ce dix-huitième prélude, c'est l'éclat de l'aigle. À jouer seul ou, de préférence, dans la continuité du cycle.

2 pages

Prélude Op. 28 No. 22 en sol mineur

Frédéric Chopin

Le n°22 en sol mineur tient en 41 mesures et propose un caractère résolument farouche. La main gauche martèle des octaves en croches, comme un galop sourd ; la main droite répond en accords brefs, souvent dissonants, parfois en bloc. C'est sans doute le prélude le plus violent de l'Op. 28 avant le n°24 final. Molto agitato, écrit Chopin — et il faut prendre la consigne au pied de la lettre. Pas de lyrisme, pas de chant, juste une énergie crue et un peu hargneuse. La pièce se termine en sol majeur, retournement bref qui ne sauve rien : l'agitation reste imprimée. À placer juste après le célèbre n°20 « Marche funèbre miniature », elle relance le cycle vers son climax.

2 pages

Prélude Op. 23 No. 9 en mi bémol mineur

Sergei Rachmaninoff

C'est le prélude le plus redoutable du recueil, et probablement l'un des plus difficiles que Rachmaninov ait écrits dans ce format. Marqué Presto, il est bâti presque entièrement sur des doubles notes rapides à la main droite, dans un mouvement fébrile qui ne se relâche jamais. L'écriture en tierces et en sixtes à cette vitesse constitue l'une des difficultés les plus exigeantes du répertoire pianistique, et elle est ici maintenue sur toute la durée de la pièce. Le mi bémol mineur, tonalité chargée de six bémols, ajoute à l'inconfort. Le caractère est sombre, agité, presque haletant, et la pièce s'achève sans véritable résolution. Publié à Moscou en 1904, le recueil rassemble dix pièces écrites pour l'essentiel dans les deux années précédentes. Rachmaninov les créa lui-même, et ses moyens de pianiste étaient exceptionnels : envergure de main considérable, mécanisme d'une fiabilité redoutée de ses contemporains. Ce prélude en porte le témoignage. À réserver aux pianistes confirmés disposant déjà d'une technique de doubles notes solide.

4 pages

Petit Prélude en ré mineur BWV 940

Johann Sebastian Bach

Une quinzaine de mesures suffisent à Bach pour installer une atmosphère complète. C'est ce qui rend cette miniature intéressante bien au-delà de son niveau de difficulté. En ré mineur, la pièce avance calmement, presque comme une sarabande, avec des harmonies qui se colorent de chromatismes discrets. Il n'y a pas de développement, pas de contraste, pas de point culminant spectaculaire : juste une progression harmonique menée jusqu'à sa conclusion. La brièveté n'est pas ici un manque, c'est la forme même. Le prélude appartient au groupe BWV 939 à 943, transmis par les copies de Johann Peter Kellner. Ces pièces circulaient à l'époque comme matériel d'enseignement, recopiées à la main d'élève en élève, sans que personne ne songe à les publier. Pour un élève, l'intérêt est précisément dans le format court. On peut y travailler la qualité du son et la conduite harmonique sans être submergé par la quantité de notes, ce qui est rarement possible dans une pièce plus ambitieuse.

1 page

Prélude No. 16 en sol mineur, BWV 861 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°16 en sol mineur BWV 861 du Clavier bien tempéré Livre I est court et grave. Sol mineur, tonalité plaintive. L'écriture est principalement à trois voix, en croches arpégées qui se déplacent dans toutes les voix, donnant à la pièce une texture continue et fluide. Tempo modéré, caractère méditatif sans drame appuyé. La pièce dure environ une minute trente. Bach déploie ici une écriture proche de la sarabande lente — accords brisés, suspensions, résolutions sur les temps faibles. L'atmosphère est intime, recueillie, sans jamais devenir pesante. Pour un pianiste intermédiaire à avancé, ce prélude est un exercice d'écoute polyphonique fine : trois voix continues, chacune avec sa propre logique mélodique. La difficulté technique est modérée mais la difficulté musicale demande une oreille experte.

2 pages

Prélude No. 1 en ut majeur, BWV 870 (Le Clavier bien tempéré, Livre II)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°1 en ut majeur BWV 870 ouvre le Clavier bien tempéré Livre II, achevé par Bach vers 1742, vingt ans après le premier livre. Ut majeur, tonalité fondamentale, mais le traitement est très différent du célèbre Prélude en ut majeur du Livre I. Ici Bach écrit une pièce polyphonique à trois ou quatre voix, dans un style noble et chantant, presque une aria instrumentale. Tempo modéré, atmosphère contemplative. La pièce dure environ deux minutes et déploie des modulations subtiles. Le Livre II est généralement considéré comme plus mature et plus complexe que le Livre I — Bach y intègre les progrès de son écriture entre 1722 et 1742. Pour un pianiste intermédiaire, ce prélude est une excellente porte d'entrée au Livre II, plus accessible que beaucoup de pièces qui suivent. L'enjeu est musical : faire chanter plusieurs voix simultanément avec naturel.

3 pages

Petit Prélude en la mineur BWV 942

Johann Sebastian Bach

Deux voix, deux mains, deux personnages qui se répondent. Ce prélude en la mineur est le plus franchement dialogué du groupe BWV 939 à 943. Un motif est énoncé, l'autre main le reprend, et la conversation se poursuit jusqu'à la fin sans qu'aucune des deux ne prenne durablement le dessus. L'écriture est vive, avec un mouvement de doubles croches qui circule d'une main à l'autre, et une énergie rythmique nettement supérieure à celle des autres préludes du recueil. Ce type d'écriture à deux voix strictes est le socle de tout ce que Bach a écrit pour le clavier. Les Inventions en sont la forme accomplie ; ce prélude en est une version réduite, plus courte et techniquement plus abordable, sans être moins exigeante sur le principe. Le la mineur lui donne une couleur nerveuse qui convient bien à son allant. Comptez un niveau intermédiaire : les notes ne sont pas difficiles, mais tenir deux voix vraiment indépendantes demande une attention soutenue.

2 pages

Petit Prélude en do majeur BWV 943

Johann Sebastian Bach

C'est le plus développé des cinq préludes BWV 939 à 943, et de loin. Là où ses compagnons tiennent en quelques lignes, celui-ci construit un morceau de dimension respectable, avec plusieurs sections et une progression réelle. En do majeur, il s'ouvre sur un mouvement continu de doubles croches qui parcourt le clavier en figures brisées. Le discours s'installe, module, s'éloigne, puis revient à la tonalité initiale pour une conclusion élargie. Cette architecture, exposition puis éloignement puis retour, est celle des préludes du Clavier bien tempéré, dont cette pièce constitue une préparation naturelle. Les cinq préludes de ce groupe nous viennent de copies manuscrites réalisées dans l'entourage de Bach, principalement par Johann Peter Kellner. Aucun autographe n'a survécu, ce qui laisse planer un doute sur l'attribution de certaines pièces du lot. Le niveau est nettement au-dessus des autres préludes du recueil. Il faut de l'endurance, une main droite égale sur une longue durée, et la capacité à tenir une pulsation pendant plusieurs minutes.

2 pages

Prélude No. 3 en ut dièse majeur, BWV 848 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°3 en ut dièse majeur BWV 848 du Clavier bien tempéré Livre I est l'un des plus brillants du recueil. Ut dièse majeur, sept dièses à la clef, tonalité presque inhabituelle au temps de Bach et précisément choisie pour démontrer les possibilités du tempérament. Le prélude se présente comme une toccata en doubles croches, mouvement perpétuel des deux mains qui s'entrecroisent dans des arabesques scintillantes. Pas de modulations spectaculaires : Bach reste dans la tonalité principale et la dominante, mais varie le tissu rythmique en permanence. La pièce dure environ deux minutes et possède une joie communicative — c'est l'un des moments les plus lumineux du Livre I. Pour un pianiste intermédiaire, c'est une bonne pièce pour comprendre que Bach peut être festif, pas seulement austère.

3 pages

Prélude Op. 28 No. 23 en fa majeur

Frédéric Chopin

Le n°23 en fa majeur respire comme un éclaircie après le tumulte du n°22. Une vingtaine de mesures, une seule idée : la main droite déroule des arpèges brisés en double croches, fluides, presque liquides ; la main gauche pose des accords longs en blanches. L'effet est celui d'un ruisseau au soleil, sans drame, sans climax. Chopin écrit Moderato — modéré, ni vite ni lent — et cette modération est précisément le piège. Vouloir le rendre brillant détruit la pièce. La fin retombe sur une note mi naturelle dissonante non résolue, comme une question laissée en l'air avant que le n°24 ne déchaîne la tempête finale. Un instant de calme suspendu dans le grand cycle.

1 page

Prélude No. 8 en mi bémol mineur, BWV 853 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°8 en mi bémol mineur BWV 853 est l'un des plus poignants du Clavier bien tempéré Livre I, et l'un des plus longs. Mi bémol mineur, tonalité à six bémols rarement utilisée et particulièrement grave. L'écriture est celle d'un mouvement lent de sonate vocale — une mélodie continue à la voix supérieure, soutenue par un tissu harmonique riche dans les voix médianes et basses. Le caractère est élégiaque, presque funèbre, et anticipe les arias les plus douloureuses des Passions. La pièce dure plus de trois minutes et exige une endurance d'écoute considérable. Bach déploie ici toute sa science harmonique : modulations subtiles, retards, broderies expressives. Pour un pianiste avancé, c'est l'un des préludes les plus difficiles à interpréter avec une économie de moyens convenable — toute exagération romantique le défigure.

3 pages

Prélude Op. 45 en ut dièse mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude Op. 45 en ut dièse mineur est une pièce isolée que Chopin compose en 1841, indépendamment de l'Op. 28. Sostenuto, indique Chopin. Ut dièse mineur, tonalité grave et chargée. La pièce dure environ cinq minutes et présente un caractère méditatif, presque liturgique. L'écriture déploie une mélodie chantante à la main droite, soutenue par des accords brisés à la gauche. Chopin atteint ici une profondeur expressive qui annonce les œuvres ultimes. La pièce se distingue des 24 Préludes Op. 28 par sa longueur et son ton plus solennel. Pour un pianiste avancé, c'est une page exigeante musicalement — il faut maintenir la gravité contemplative pendant toute la pièce sans monotonie. La technique demande une indépendance des mains et un toucher chantant solides. Une pièce moins jouée que l'Op. 28 mais d'une qualité comparable. Chopin y montre toute la profondeur de son Sostenuto.

7 pages

Prélude Op. 23 No. 1 en fa dièse mineur

Sergei Rachmaninoff

Rachmaninov ouvre son opus 23 par une pièce grave et repliée sur elle-même, à l'opposé de ce que le public attendait de lui. Il traînait depuis 1892 la célébrité écrasante de son Prélude en ut dièse mineur, joué partout, réclamé à chaque concert, et qu'il finit par détester. L'opus 23 est en partie une réponse à cela. Ce premier prélude, marqué Largo, avance lentement en fa dièse mineur. La main droite pose une mélodie retenue tandis que la gauche déroule des figures sombres et amples. L'écriture est dense sans être bruyante, et la pièce ne cherche jamais l'effet. Les dix préludes de l'opus 23 furent composés pour l'essentiel entre 1901 et 1903, période où Rachmaninov, sorti de la dépression qui avait suivi l'échec de sa Première Symphonie, écrit aussi son Deuxième Concerto. C'est le moment où sa langue arrive à maturité. Malgré son apparente sobriété, la pièce demande une main capable d'écarts larges. Rachmaninov avait des mains immenses et n'a jamais vraiment tenu compte de celles des autres.

4 pages

Prélude Op. 28 No. 10 en ut dièse mineur

Frédéric Chopin

Le Prélude n°10 en ut dièse mineur appartient à l'Op. 28, ce cycle où Chopin condense un univers en deux pages. Celui-ci tient en 18 mesures à peine, presque un éclair. Une descente vertigineuse en triolets dévale le clavier, interrompue par deux brèves cellules mazurka qui posent leur question avant que la cascade ne reprenne. Hans von Bülow le surnommait « la chute de Bersi », image disputable mais qui dit bien l'impression de vertige. Rien d'anecdotique : un caractère, une trajectoire, une fin abrupte. Chopin compose ces préludes entre Paris et Majorque, et la concentration extrême du n°10 illustre sa démarche tardive — chaque note pèse son poids.

1 page

Prélude Op. 28 No. 14 en mi bémol mineur

Frédéric Chopin

Le n°14 en mi bémol mineur fait partie des trois ou quatre Préludes les plus sombres du recueil. Une seule idée : les deux mains en triolets parallèles, à l'unisson d'octave, presque sans mélodie discernable. C'est un grondement, un bloc. On a souvent rapproché cette pièce du finale de la Sonate funèbre Op. 35 — même tonalité de mi bémol mineur, même texture d'ouragan en triolets. Chopin ne donne aucune indication de nuance détaillée, simplement Allegro et sempre legato. Tout repose sur l'engagement physique : un seul souffle de bout en bout. La pièce dure à peine plus d'une minute mais demande une endurance de lutteur. Le silence final tombe comme un couvercle.

1 page

Prélude No. 2 en ut mineur, BWV 847 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°2 en ut mineur BWV 847 précède la fugue célèbre. C'est l'un des préludes les plus typés du Clavier bien tempéré Livre I : une seule figure rythmique, doubles croches arpégées des deux mains qui dévalent et remontent sans interruption pendant vingt-huit mesures. Le mouvement perpétuel ne s'interrompt qu'à la cadence finale, marquée presto puis adagio, où Bach autorise un déchaînement virtuose bref. La pièce dure à peine plus d'une minute mais demande une régularité métronomique. Tonalité d'ut mineur grave et tendue. Bach compose le recueil pour son fils aîné Wilhelm Friedemann et pour son propre usage pédagogique — il l'appelle « pour l'utilité et l'usage des jeunes désireux d'apprendre et pour le divertissement des connaisseurs ». Le n°2 est devenu l'un des préludes les plus joués et étudiés.

2 pages

Petit Prélude No. 6 en mi mineur BWV 938

Johann Sebastian Bach

Le recueil des six petits préludes se referme sur cette pièce en mi mineur, et Bach y rassemble ce que les cinq précédentes ont préparé. L'écriture est la plus contrapuntique du groupe. Une basse en mouvement continu avance sous une ligne supérieure qui dialogue avec elle, et les deux voix conservent leur autonomie jusqu'à la dernière mesure. Les entrées imitatives sont plus nombreuses que dans les autres préludes du recueil, et la conduite harmonique plus ambitieuse, avec des modulations qui s'éloignent davantage de la tonalité principale. Le mi mineur donne à l'ensemble une gravité retenue, sans pathos. Bach ne cherche pas l'effet : il construit, et l'émotion vient de la solidité de la construction. Placée en fin de recueil, la pièce fait office de synthèse. Elle demande simultanément l'indépendance des mains travaillée dans les premiers préludes, l'endurance des figures continues, et le sens de la ligne acquis dans le quatrième. C'est une bonne pièce d'examen, et une préparation directe aux Inventions à deux voix.

2 pages

Prélude No. 2 en ut mineur BWV 871 (Le Clavier bien tempéré, Livre II)

Johann Sebastian Bach

Bach a réuni le second livre du Clavier bien tempéré vers 1740, près de vingt ans après le premier. L'intention reste la même, parcourir les vingt-quatre tonalités par un prélude et une fugue dans chacune, mais l'écriture a changé : les pièces sont plus longues, plus développées, et le compositeur a soixante ans au lieu de quarante. Ce prélude en ut mineur illustre bien cette évolution. Là où le livre I proposait souvent une figure unique tenue de bout en bout, celui-ci construit un discours avec des idées contrastées, des modulations franches et une véritable progression. L'écriture est à deux voix pour l'essentiel, ce qui la rend transparente, mais elle est plus mobile qu'il n'y paraît : les deux mains dialoguent constamment et aucune ne se contente d'accompagner. Le niveau est intermédiaire. C'est l'un des préludes les plus accessibles du second livre, et une bonne porte d'entrée dans un recueil réputé plus difficile que son prédécesseur.

2 pages

Prélude Op. 11 No. 1 en do majeur

Alexander Scriabin

Les vingt-quatre préludes de l'opus 11 suivent un modèle explicite : une pièce dans chacune des vingt-quatre tonalités, exactement comme Chopin dans son opus 28. Scriabine y travailla près de dix ans, de 1888 à 1896, et le recueil constitue le meilleur portrait de sa première manière. Ce premier prélude, en do majeur, ouvre l'ensemble sur une page fluide et ondoyante. Sa particularité est rythmique : les deux mains ne divisent pas le temps de la même façon, et leurs figures se superposent sans jamais coïncider franchement. Cette polyrythmie crée un flottement caractéristique, une impression de balancement irrégulier qui deviendra une signature du compositeur. Scriabine avait alors une vingtaine d'années et se produisait comme pianiste dans toute l'Europe, joué et édité grâce au soutien du mécène Mitrofan Beliaïev. La pièce est brève. Sa difficulté ne tient pas aux notes mais à la coordination entre deux mains qui comptent différemment.

2 pages

Prélude No. 12 en fa mineur, BWV 857 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°12 en fa mineur BWV 857 du Clavier bien tempéré Livre I est l'un des plus sombres et les plus poignants du recueil. Fa mineur, tonalité particulièrement chargée chez Bach. L'écriture déploie un mouvement constant en doubles croches à la main droite, soutenu par une basse syncopée à la gauche. L'atmosphère est élégiaque, presque tragique. La pièce dure environ trois minutes et possède une intensité harmonique remarquable — modulations multiples vers des tonalités très éloignées, suspensions et résolutions douloureuses. Bach atteint ici une expressivité comparable à celle de ses arias les plus émouvantes. Pour un pianiste avancé, ce prélude est une école d'écoute harmonique : il faut entendre chaque progression et lui donner sa couleur propre, sans rendre la pièce monotone malgré sa longueur. Une grande page du Livre I.

3 pages

Prélude Op. 23 No. 6 en mi bémol majeur

Sergei Rachmaninoff

Après la violence de la marche en sol mineur, Rachmaninov place une page apaisée, et le contraste est manifestement voulu : dans un recueil de préludes, l'ordre des caractères compte autant que les pièces elles-mêmes. Ce sixième prélude, en mi bémol majeur, avance dans un mouvement fluide et régulier. Une mélodie simple, presque une berceuse, se pose sur un accompagnement continu qui ondule sans jamais s'imposer. L'harmonie reste stable, les modulations sont douces, et la pièce ne connaît aucun véritable point de tension. C'est l'un des préludes les plus accessibles du recueil, et l'un de ceux que l'on recommande à un pianiste souhaitant aborder Rachmaninov sans se heurter d'emblée à ses exigences physiques habituelles. La difficulté y est de nature musicale : produire un son égal et chaleureux sur toute la durée, et faire vivre une mélodie qui ne comporte aucun effet. Le recueil des dix préludes de l'opus 23 fut publié à Moscou en 1904, alors que le compositeur avait trente et un ans et venait d'accéder à la notoriété internationale.

4 pages

Prélude Op. 23 No. 5 en sol mineur (Alla marcia)

Sergei Rachmaninoff

Le plus connu du recueil Si un seul prélude de l'opus 23 est joué partout, c'est celui-ci. Sa marche en sol mineur, martelée et implacable, est devenue l'une des pages les plus identifiables de Rachmaninov, au point d'éclipser les neuf autres pièces du cahier. Trois épisodes bien tranchés La marche initiale est sèche, rythmique, presque militaire, avec des accords détachés qui frappent la pulsation sans faiblir. Puis tout s'ouvre : une section centrale en majeur déploie une mélodie ample sur un accompagnement en arpèges, dans un lyrisme qui contraste totalement avec ce qui précède. La marche revient enfin, et la pièce se termine dans le grave, en s'éteignant. Cette architecture, brutalité puis chant puis retour, est un procédé que Rachmaninov emploie souvent, et rarement avec autant d'efficacité. Ce qu'elle demande Une main solide pour les accords répétés, une bonne endurance rythmique, et surtout la capacité à changer complètement de son entre les deux caractères. C'est un morceau de concert exigeant, régulièrement inscrit aux programmes de concours.

6 pages

Prélude Op. 23 No. 2 en si bémol majeur

Sergei Rachmaninoff

Après un premier prélude grave et intérieur, celui-ci arrive comme un torrent. Marqué Maestoso, il est bâti sur une main gauche en mouvement continu, large et puissante, qui balaie le grave du clavier pendant que la droite énonce un thème en accords massifs. C'est de l'écriture pianistique au sens le plus physique : il faut de la force, de l'endurance, et une capacité à produire un grand son sans durcir. La pièce appartient à l'ensemble des dix préludes de l'opus 23, publiés en 1904. Rachmaninov était lui-même un pianiste d'exception, doté d'une envergure de main légendaire, et il écrivait pour ses propres moyens. Cela se sent particulièrement ici. La section centrale offre un répit relatif, plus lyrique, avant que le flux initial ne reprenne et n'emporte la pièce jusqu'à une conclusion éclatante. C'est l'un des préludes les plus exigeants du recueil. Il ne convient pas à un pianiste qui n'aurait pas déjà une solide expérience du grand répertoire romantique.

7 pages

Prélude Op. 31 No. 1 en do majeur « Lentement »

Charles-Valentin Alkan

Charles-Valentin Alkan fut l'un des plus grands virtuoses de son siècle, ami de Chopin, voisin et rival de Liszt, avant de disparaître de la scène publique pendant des décennies pour vivre en reclus à Paris. Sa musique, longtemps oubliée, a été redécouverte au XXe siècle et passe aujourd'hui pour l'une des plus originales du romantisme. Les vingt-cinq Préludes de l'opus 31, publiés en 1847, parcourent toutes les tonalités majeures et mineures. Alkan précise qu'ils peuvent se jouer au piano ou à l'orgue, ce qui explique l'écriture parfois soutenue de certaines pièces. Ce premier prélude, marqué Lentement, ouvre le recueil sur une page dépouillée et grave, en do majeur. L'écriture est simple, presque austère, très éloignée de la virtuosité démentielle qui a fait la réputation du compositeur ailleurs dans son catalogue. C'est un excellent point d'entrée dans une oeuvre réputée inabordable. Comptez un niveau intermédiaire.

3 pages

Prélude Op. 16 No. 1 en si majeur

Alexander Scriabin

Scriabine a vingt-trois ans quand paraît l'opus 16, et il n'a pas encore inventé la langue harmonique qui fera sa réputation. Ce qu'on entend ici, c'est un compositeur qui a beaucoup joué Chopin, qui l'admire sans réserve, et qui commence tout juste à tordre le modèle. Le prélude en si majeur ouvre le cahier. Andante, il repose sur un balancement continu de la main gauche, en arpèges larges, sur lequel la droite pose une mélodie longue et calme. La parenté avec les nocturnes est immédiate. Mais deux choses trahissent déjà Scriabine : les mains ne battent pas ensemble, ce qui donne à la ligne cette impression de flotter sans jamais se poser, et les enchaînements harmoniques glissent vers des régions inattendues, avec une prédilection pour les accords de neuvième qui deviendront sa signature. La pièce dure moins de deux minutes. Elle ne comporte aucune difficulté digitale au sens propre, et c'est précisément ce qui la rend délicate : tout repose sur la qualité du son, la conduite de la mélodie et la souplesse rythmique. Un prélude joué mécaniquement ne dit rien du tout. C'est une porte d'entrée idéale dans Scriabine pour qui trouve les sonates tardives inabordables.

3 pages

Prélude Op. 16 No. 3 en sol bémol majeur

Alexander Scriabin

Six bémols à la clé. Le sol bémol majeur place la main haut sur les touches noires, dans une position que les pianistes trouvent souvent très confortable une fois la lecture apprivoisée, et qui donne à la sonorité une douceur particulière. Scriabine, comme Chopin avant lui, affectionnait ces tonalités chargées. Il y trouvait à la fois un confort digital, la main épousant naturellement le relief du clavier, et une couleur sonore plus veloutée que dans les tonalités blanches. Ce troisième prélude de l'opus 16 est une page brève et lumineuse, d'une écriture claire, où la mélodie chante sur un accompagnement régulier. Le contraste est net avec le prélude en sol dièse mineur qui le précède, et cette alternance de climats organise tout le recueil. Composé vers 1894 ou 1895, il appartient à la première période du compositeur, celle qui précède de loin les grandes oeuvres mystiques du XXe siècle. Le niveau est intermédiaire, et la principale difficulté est la lecture.

2 pages

Prélude Op. 16 No. 5 en fa dièse majeur

Alexander Scriabin

Ce cinquième prélude referme l'opus 16 sur une page lumineuse et brève. Le fa dièse majeur, avec ses six dièses, est l'exact miroir du sol bémol majeur employé plus tôt dans le recueil : les mêmes touches, une écriture différente. Cette équivalence, qu'on appelle l'enharmonie, était au coeur des recherches d'une époque où les compositeurs exploraient systématiquement les tonalités éloignées. Scriabine y écrit une musique claire, d'un mouvement souple, où la mélodie se déploie sans obstacle sur un accompagnement régulier. La pièce ne dure qu'une minute environ et fonctionne comme une conclusion apaisée après le prélude en mi bémol mineur qui la précède. L'organisation du recueil obéit à cette logique de contrastes successifs, héritée de Chopin. Chaque prélude installe un climat, le cède au suivant, et l'ensemble ne prend son sens complet qu'écouté d'affilée. Le niveau reste intermédiaire, la lecture en tonalité chargée constituant l'obstacle principal.

2 pages

Prélude No. 15 en sol majeur, BWV 860 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Le Prélude n°15 en sol majeur BWV 860 est l'un des plus brillants et virtuoses du Clavier bien tempéré Livre I. Sol majeur, tonalité éclatante. L'écriture évoque un mouvement de concerto à clavier seul — la main droite déploie des traits en doubles croches scintillantes, la main gauche pose des accords en croches énergiques. Tempo vif, caractère brillant, presque festif. La pièce dure environ une minute et trente secondes et fonctionne comme une miniature de virtuosité maîtrisée. Bach démontre ici qu'il sait écrire pour le clavier dans un style proche de l'italien, plus extraverti que ses fantaisies habituelles. Pour un pianiste intermédiaire, ce prélude est une bonne pièce de progression technique : doigts agiles, indépendance des mains, gestion du tempo soutenu. Sans atteindre la difficulté des fugues à quatre voix, il demande une vraie aisance digitale.

2 pages

Petit Prélude en mi mineur BWV 941

Johann Sebastian Bach

Court, régulier, sans surprise apparente : ce prélude en mi mineur ressemble à un exercice, et c'est en le jouant qu'on découvre qu'il n'en est pas un. Le mouvement repose sur des figures arpégées qui se succèdent à un rythme constant. Rien ne varie dans la texture. Toute l'information est dans l'harmonie, qui glisse de degré en degré et donne à la pièce sa direction. Si on la joue sans l'entendre, elle est monotone. Si on l'entend, elle avance. Le morceau fait partie des cinq préludes BWV 939 à 943, un ensemble constitué a posteriori à partir de sources manuscrites de l'entourage de Bach. Le classement en recueils numérotés est une commodité d'éditeur du XIXe siècle, pas une décision du compositeur : ces pièces ont d'abord circulé isolément, dans des cahiers d'élèves. C'est une bonne pièce pour un élève de deuxième ou troisième année qui doit apprendre à faire vivre une texture uniforme, ce qui est une compétence à part entière.

2 pages

Prélude Op. 23 No. 8 en la bémol majeur

Sergei Rachmaninoff

Marqué Allegro vivace, ce prélude est un morceau de brillance pure. La main droite y déroule une résille continue de traits rapides et légers, dans un registre plutôt aigu, pendant que la gauche pose des appuis harmoniques et fait affleurer par moments une ligne mélodique. L'effet recherché est celui d'un scintillement. Rien n'est massif ici, contrairement à la plupart des préludes du recueil : tout repose sur la légèreté, la vélocité et l'égalité du toucher. C'est une écriture qui doit paraître facile et qui ne l'est pas. Rachmaninov compose l'opus 23 dans les années qui suivent le succès de son Deuxième Concerto, à un moment où il est reconnu simultanément comme compositeur et comme l'un des plus grands pianistes de son temps. Ces préludes portent la marque de cette double compétence : ils sont conçus par quelqu'un qui savait exactement ce que la main peut faire. Comptez un niveau avancé. La difficulté n'est pas dans la force mais dans le contrôle d'un mouvement rapide sur une longue durée.

7 pages

Prélude Op. 16 No. 2 en sol dièse mineur

Alexander Scriabin

Les cinq préludes de l'opus 16, composés vers 1894 et 1895, appartiennent encore à la période où Scriabine écrit dans l'ombre de Chopin. On y trouve les mêmes formats brefs, la même prédilection pour la miniature qui installe une atmosphère en quelques mesures, la même écriture pianistique souple. Ce deuxième prélude, en sol dièse mineur, est une page sombre et retenue. La mélodie se déploie lentement au-dessus d'un accompagnement discret, dans une nuance basse maintenue presque partout, et la pièce ne cherche jamais l'éclat. Ce qui distingue déjà Scriabine de son modèle, c'est l'harmonie. Ses enchaînements s'écartent plus volontiers de la tonalité, ses accords se colorent d'altérations inattendues, et cette instabilité annonce de loin le langage des dernières années, où la tonalité finira par se dissoudre entièrement. La pièce dure environ deux minutes et reste accessible à un pianiste intermédiaire. C'est un bon morceau pour travailler la sonorité dans une nuance faible.

2 pages

Prélude Op. 16 No. 4 en mi bémol mineur

Alexander Scriabin

Le mi bémol mineur est l'une des tonalités les plus sombres du clavier, et l'une des moins fréquentées : six bémols, un relief inconfortable, une couleur presque opaque. Scriabine y place le prélude le plus grave de son opus 16. La pièce est lente, dense, et son écriture occupe volontiers le registre grave de l'instrument. La mélodie y est moins un chant qu'une plainte, et l'harmonie s'y charge de tensions qui tardent à se résoudre. On est loin de la légèreté chopinienne dont le jeune Scriabine s'inspire ailleurs. C'est dans ces pages sombres que se devine ce qu'il deviendra. Sa dernière période abandonnera la tonalité au profit d'accords de son invention, et développera une esthétique visionnaire où la musique devait provoquer une transformation de la conscience. Rien de cela n'est encore là, mais l'instabilité harmonique s'y prépare. La pièce est brève et reste techniquement abordable. Sa difficulté est de sonorité et de lecture.

2 pages

Petit Prélude No. 5 en mi majeur BWV 937

Johann Sebastian Bach

Quatre dièses à la clé. Pour un élève de niveau intermédiaire, c'est là que se situe la vraie difficulté de ce prélude, bien avant les questions de doigts. Le mi majeur est une tonalité que l'on rencontre peu tôt dans l'apprentissage, et la lecture y devient inconfortable : les repères visuels changent, les touches noires occupent des positions inhabituelles sous les doigts, et l'oreille peine à anticiper. Bach place ce prélude en cinquième position du recueil BWV 933 à 938, après quatre pièces dans des tonalités plus familières. La progression est délibérée. Musicalement, la pièce est sereine et régulière. Deux voix principales avancent en dialogue, avec des figures qui se répondent d'une main à l'autre. Rien de dramatique, aucun contraste violent : c'est une pièce d'équilibre, où la beauté vient de la régularité même. Un élève qui la travaille sérieusement gagne surtout une chose, l'aisance dans une tonalité chargée. Ce bénéfice se transporte ensuite dans tout le répertoire.

2 pages

Prélude Op. 23 No. 3 en ré mineur (Tempo di minuetto)

Sergei Rachmaninoff

L'indication Tempo di minuetto surprend chez Rachmaninov. Le menuet est une danse de cour du XVIIIe siècle, et rien dans le langage du compositeur ne semble appeler cette référence. C'est pourtant ce qu'il inscrit en tête de ce troisième prélude, et cela renseigne sur le caractère qu'il attend : une allure mesurée, une élégance retenue, une tenue presque cérémonieuse. En ré mineur, la pièce avance sur un rythme pointé qui lui donne une raideur volontaire. Le thème est énoncé avec fermeté, repris, développé, sans que le discours ne s'emballe jamais. C'est l'un des préludes les moins démonstratifs du recueil, et l'un des plus difficiles à interpréter pour cette raison. L'opus 23 fut composé pour l'essentiel en 1901 et 1903, dans les années les plus fécondes de Rachmaninov. Il y prolonge une tradition qui remonte à Chopin, celle du prélude comme pièce brève et autonome, chacune explorant un caractère. Techniquement, il est plus abordable que ses voisins immédiats, ce qui en fait une bonne porte d'entrée dans le recueil.

6 pages

Prélude Op. 23 No. 4 en ré majeur

Sergei Rachmaninoff

C'est la page la plus ouvertement lyrique de l'opus 23, et l'une des plus aimées. Marquée Andante cantabile, elle repose sur un dispositif simple : la main gauche déroule un accompagnement continu en arpèges larges, souple et sans arêtes, pendant que la main droite chante une mélodie longue, ample, qui se déploie sur de nombreuses mesures avant de rejoindre son sommet. Rachmaninov excellait à ce type de ligne, héritée à la fois de Tchaïkovski et du chant orthodoxe russe. L'écriture ne présente pas de difficulté spectaculaire, mais elle exige beaucoup sur le plan du son. Il faut soutenir une mélodie sur une durée inhabituelle sans qu'elle ne perde sa direction, et maintenir l'accompagnement dans un plan sonore nettement inférieur alors qu'il occupe la majorité des notes. Composé en 1903, ce prélude fait partie du recueil publié l'année suivante. Il est souvent programmé isolément en concert, et figure fréquemment dans les anthologies romantiques destinées aux pianistes de niveau intermédiaire avancé.

5 pages

Suite en mi majeur BWV 1006a - Prélude

Johann Sebastian Bach

Bach a transcrit sa propre Partita pour violon n°3 BWV 1006 en suite pour clavier, sans doute pour lautenwerk — un instrument à cordes pincées proche du luth. D'où le surnom de Suite pour luth. Le Prélude qui ouvre l'ensemble est sans doute l'une des pages les plus pétillantes de Bach. Notes répétées en valeurs égales, doubles croches qui dévalent, montées et descentes sur tout le clavier. Le mouvement perpétuel donne une impression de carillon, de mécanisme céleste. Le pianiste qui s'y attaque doit avoir une technique solide — ce n'est pas un Prélude d'apprentissage.

6 pages

Prélude Op. 59 No. 2 « Sauvage, belliqueux »

Alexander Scriabin

Un autre compositeur Entre les préludes de l'opus 16 et celui-ci, quinze ans ont passé, et Scriabine a changé de langage au point de devenir méconnaissable. Composé vers 1910, ce prélude n'a plus rien de chopinien : la tonalité y est en dissolution, les accords ne se résolvent plus, et l'harmonie repose sur des agrégats de quartes que le compositeur avait forgés pour son usage propre. Une indication qui est un programme Sauvage, belliqueux : Scriabine écrivait ses indications en français, langue de la culture russe cultivée de son temps, et elles décrivent moins un tempo qu'un état. Celle-ci demande une violence brute, sans élégance, très éloignée de tout ce qu'il avait écrit auparavant. La pièce est très brève, moins d'une minute, mais d'une densité extrême. Chaque accord y est chargé, chaque rythme heurté. Ce qu'elle demande Un niveau avancé, et surtout la capacité d'abandonner les réflexes du répertoire romantique. Jouer cette page joliment revient à la manquer complètement.

3 pages

Questions fréquentes

Piano préludes

Le Prélude en Do majeur BWV 846 de Bach est le grand classique du débutant : une figure d'accords arpégés, répétée et transformée, sans passage rapide. Chez Chopin, le Prélude Op. 28 No. 4 en mi mineur et le No. 7 en la majeur sont courts et abordables.