expression
Rubato
Souplesse rythmique expressive consistant à ralentir et accélérer subtilement le tempo pour servir la musicalité, sans rompre la pulsation.
Rubato — « volé » en italien, abréviation de tempo rubato — désigne une liberté rythmique appliquée à la mélodie : l'interprète étire certaines notes et rattrape le temps dérobé sur les suivantes. La pulsation d'ensemble tient bon ; à l'intérieur de la phrase, les durées se plient à l'expression.
Le mot reste indissociable de Chopin, qui l'enseignait par une image restée célèbre : la main gauche est le maître de chapelle et ne doit jamais hésiter, la main droite peut prendre des libertés. Cette dissociation des mains — accompagnement stable, chant libre — définit le rubato chopinien, souverain dans les nocturnes, les mazurkas et les valses. Chaque romantique a ensuite son dosage : ample, presque déclamatoire chez Liszt ; discret et fondu dans la phrase chez Brahms ou Schumann ; vaste et sculpté chez Rachmaninov.
Le danger guette pourtant : mal dosé, le rubato vire au sentimentalisme — ralentir systématiquement sur les notes longues, précipiter les traits rapides. La règle tient en peu de mots : le rubato sert la phrase, il ne la décore pas.
Exemples
Le Nocturne Op. 9 No. 2 de Chopin est l'archétype du rubato : main gauche en arpèges réguliers, main droite chantante avec micro-variations. Liszt, dans le Liebestraum No. 3, élargit le rubato à toute la phrase. Schubert (Impromptu Op. 90 No. 3) demande un rubato pudique.