Fantaisie et Fugue en la mineur BWV 944 — Fantaisie
Johann Sebastian Bach
Voici l'une des pages les plus étranges du catalogue de Bach : une fantaisie qui tient en quelques mesures et qui, sur le papier, ne ressemble presque pas à de la musique. Bach n'y a noté qu'une succession d'accords tenus, alignés sans rythme ni figuration. Ce n'est pas un brouillon inachevé mais une pratique courante à l'époque baroque : l'interprète recevait la charpente harmonique et devait la réaliser lui-même, en arpégeant les accords, en inventant des figures, en donnant vie à ce squelette. La partition est une consigne, pas un texte fini. Cette liberté déconcerte le pianiste moderne, habitué à ce que tout soit écrit. Elle offre pourtant une occasion rare de faire ce que faisaient les musiciens du XVIIIe siècle : construire soi-même la surface d'une musique dont on ne reçoit que le fondement. La fantaisie sert d'introduction à une fugue considérablement plus longue et plus exigeante, avec laquelle elle forme un diptyque très déséquilibré.