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Grand répertoire

Partitions piano avancé

165 partitions de piano gratuites du domaine public

Le grand répertoire classique au sens plein : sonates pleines, études transcendantes, ballades, fugues complexes, scherzos de virtuoses. À ce stade, la technique est censée être un outil maîtrisé ; le défi est ailleurs — tenir une œuvre de 20 minutes, faire émerger sa structure, choisir ses interprétations de référence. Ces partitions appartiennent au domaine public, mais leur exécution reste une affaire de vie entière.

Fantaisie et Fugue en la mineur BWV 944 — Fantaisie

Johann Sebastian Bach

Voici l'une des pages les plus étranges du catalogue de Bach : une fantaisie qui tient en quelques mesures et qui, sur le papier, ne ressemble presque pas à de la musique. Bach n'y a noté qu'une succession d'accords tenus, alignés sans rythme ni figuration. Ce n'est pas un brouillon inachevé mais une pratique courante à l'époque baroque : l'interprète recevait la charpente harmonique et devait la réaliser lui-même, en arpégeant les accords, en inventant des figures, en donnant vie à ce squelette. La partition est une consigne, pas un texte fini. Cette liberté déconcerte le pianiste moderne, habitué à ce que tout soit écrit. Elle offre pourtant une occasion rare de faire ce que faisaient les musiciens du XVIIIe siècle : construire soi-même la surface d'une musique dont on ne reçoit que le fondement. La fantaisie sert d'introduction à une fugue considérablement plus longue et plus exigeante, avec laquelle elle forme un diptyque très déséquilibré.

3.0
1 page

Fantaisie et Fugue en la mineur BWV 944 — Fugue

Johann Sebastian Bach

Le déséquilibre entre les deux volets de ce diptyque est saisissant. La fantaisie qui précède tient en quelques accords ; la fugue qui suit est l'une des plus longues et des plus exigeantes que Bach ait écrites pour le clavier. Son sujet est bref et rythmiquement mordant, et Bach le fait tourner sans relâche à travers un discours de grande ampleur, en séquences qui s'enchaînent et se relancent. Le mouvement perpétuel qui en résulte donne à la pièce une allure d'étude de concert, et il faut une réelle endurance pour la tenir jusqu'au bout. L'oeuvre appartient probablement à la période de Weimar, dans les premières années de la maturité du compositeur, quand il écrivait encore sous l'influence de la virtuosité nord-allemande. C'est une pièce de récital, longtemps prisée des pianistes du XIXe siècle qui y trouvaient un Bach spectaculaire. Elle demande un niveau avancé, tant pour la vélocité que pour la capacité à conduire une architecture de longue haleine.

11 pages

Impromptu Op. 90 No. 1 en ut mineur, D. 899

Franz Schubert

Une seule note, jouée à l'octave par les deux mains, forte, sans accompagnement. C'est ainsi que Schubert ouvre le premier de ses impromptus, et ce sol nu contient déjà tout le morceau : il reviendra sans cesse, comme une question qui n'obtient pas de réponse. Ce qui suit est une marche en ut mineur, énoncée doucement, presque timidement après cette entrée abrupte. Schubert la reprend ensuite encore et encore, chaque fois habillée différemment, jusqu'à ce que la pièce ressemble moins à un impromptu qu'à une série de variations libres sur un thème obsédant. Les quatre impromptus D. 899 datent de 1827, l'avant-dernière année de sa vie. Son éditeur n'en publia que les deux premiers, jugeant les autres trop difficiles pour le marché des amateurs. Les numéros 3 et 4 ne parurent qu'en 1857, trente ans après la mort du compositeur. Le titre d'impromptu, qui suggère l'improvisation et la légèreté, vient de l'éditeur et non de Schubert. Il convient mal à cette pièce grave et construite, qui est probablement la plus sombre des quatre.

12 pages

Impromptu Op. 90 No. 2 en mi bémol majeur, D. 899

Franz Schubert

Une cascade continue Ce deuxième impromptu est une pièce de mouvement perpétuel. La main droite déroule des traits de triolets qui montent et descendent sans jamais s'arrêter, sur près de deux cents mesures, pendant que la main gauche pose un accompagnement discret et régulier. L'effet est celui d'un ruissellement. Puis la rupture Au centre, tout change. Schubert bascule en si mineur, la texture devient massive, l'écriture martelée et syncopée, et le caractère franchement violent. C'est un contraste que rien n'annonçait, et c'est ce qui donne à la pièce sa force. La reprise de la première section ne referme pas la parenthèse pour autant. La coda ramène brutalement le mode mineur, et l'impromptu s'achève dans une tonalité que la partie centrale avait imposée. Ce refus de la conclusion rassurante est très caractéristique du dernier Schubert. Ce qu'il faut pour l'aborder L'écriture en triolets exige une main droite égale et endurante. Ce n'est pas la vitesse qui pose problème, c'est la constance sur la durée. Comptez un bon niveau intermédiaire, avec une réserve technique confortable.

13 pages

Fugue No. 9 en mi majeur BWV 878 (Le Clavier bien tempéré, Livre II)

Johann Sebastian Bach

Cette fugue ne ressemble à aucune autre du recueil, parce que Bach y écrit délibérément dans un style qui n'était plus le sien. Le sujet est constitué de notes très longues, énoncées lentement, dans une écriture dépouillée qui évoque la polyphonie vocale de la Renaissance, celle de Palestrina et de ses contemporains. On appelle cela le stile antico, le style ancien, et Bach le pratiquait en connaisseur : il étudiait et recopiait les maîtres du XVIe siècle, et cette archaïsme volontaire réapparaîtra dans L'Art de la fugue et dans la Messe en si. Le résultat est une pièce d'une sérénité rare, sans virtuosité, où tout repose sur la conduite des quatre voix et la qualité de l'écoute. Le mi majeur, tonalité claire et haute, y ajoute une luminosité particulière. C'est l'une des fugues les plus admirées du second livre. Techniquement abordable, elle est musicalement redoutable : rien ne vient masquer une voix mal conduite.

3 pages

Toccata en fa dièse mineur BWV 910

Johann Sebastian Bach

Le jeune Bach, improvisateur Les sept toccatas BWV 910 à 916 sont des oeuvres de jeunesse, écrites autour de la vingtaine, à une époque où Bach parcourait l'Allemagne du Nord pour écouter les grands organistes. Il avait notamment marché jusqu'à Lübeck pour entendre Buxtehude, et y était resté quatre mois au lieu des quatre semaines accordées par son employeur. L'influence de cette école s'entend partout dans ces pièces : liberté formelle, virtuosité démonstrative, alternance brusque entre des passages improvisés et des sections rigoureusement construites. Une succession de mondes Cette toccata en fa dièse mineur enchaîne plusieurs sections de caractères opposés : des traits libres, presque déclamatoires, un mouvement lent expressif, et des parties fuguées où le jeune compositeur montre déjà sa maîtrise du contrepoint. L'ensemble ne suit aucun schéma prédéfini. Ce qu'elle demande C'est une pièce longue et exigeante, tant par sa virtuosité que par la cohérence qu'il faut donner à une forme délibérément décousue. Niveau avancé.

12 pages

Variations Goldberg — Variation 16 (Ouverture) BWV 988

Johann Sebastian Bach

Le pivot du cycle Trente variations, et celle-ci occupe exactement la seizième place. Bach y place une ouverture à la française, c'est-à-dire la pièce par laquelle on ouvrait un opéra ou un ballet à la cour de Louis XIV. Le geste est architectural : arrivé à la moitié de son parcours, il recommence solennellement, comme si un second ouvrage débutait. Deux sections contrastées L'ouverture à la française obéit à un modèle fixe, hérité de Lully. Une première partie lente et majestueuse, dominée par des rythmes pointés qui donnent une allure de cortège. Puis une seconde partie rapide et fuguée, où un motif est exposé puis imité de voix en voix. Bach reprend ce schéma sans y déroger, et l'inscrit dans les contraintes du cycle : même basse fondamentale, même longueur que les autres variations. Au piano Les rythmes pointés de la première section et le contrepoint rapide de la seconde demandent deux approches techniques distinctes. Comptez un bon niveau avancé.

3 pages

Variations Goldberg — Variation 17 a 2 Clav. BWV 988

Johann Sebastian Bach

Placée juste après la grande ouverture à la française qui ouvre la seconde moitié du cycle, cette variation relance le mouvement avec une énergie franchement athlétique. Son moteur est la séquence : un motif bref, répété à des hauteurs successives, qui parcourt le clavier en progressions montantes et descendantes. Les deux mains y participent à égalité, se répondant et se croisant, dans une écriture qui tient autant de l'étude que de la pièce de caractère. Ce procédé donne à la variation une clarté immédiate. On comprend son fonctionnement dès les premières mesures, et l'intérêt vient ensuite de la manière dont Bach fait évoluer la progression sans jamais la laisser devenir mécanique. L'indication a 2 Clav. rappelle que le recueil fut conçu pour un clavecin à deux claviers. Sur un piano, les deux mains doivent cohabiter sur un seul plan, ce qui ajoute une difficulté que Bach n'avait pas prévue. Comptez un niveau avancé, surtout pour la vélocité et l'égalité demandées.

2 pages

Variations Goldberg — Variation 19 a 1 Clav. BWV 988

Johann Sebastian Bach

Entre deux pièces exigeantes, Bach place ici une respiration. Cette dix-neuvième variation est courte, légère, écrite pour un seul clavier, et son caractère est celui d'une danse simple. Trois voix s'y répondent sur un rythme régulier, avec un motif bref qui circule d'une main à l'autre sans jamais s'alourdir. Rien ne cherche l'effet, et la pièce passe presque comme un intermède. Cette alternance est délibérée. Bach a organisé les trente variations pour qu'elles s'écoutent d'affilée, et le cycle repose sur une respiration entre les moments de virtuosité, les constructions canoniques et les pages de détente comme celle-ci. Jouées isolément, ces variations perdent une partie de leur sens ; c'est dans la succession qu'elles trouvent leur place. Techniquement, c'est l'une des plus abordables du recueil. Elle constitue une bonne entrée pour un pianiste souhaitant aborder les Goldberg sans se heurter d'emblée aux variations de bravoure.

1 page

Variations Goldberg — Variation 21 (Canone alla Settima) BWV 988

Johann Sebastian Bach

Sur les trente variations du cycle, trois seulement passent au mode mineur. Celle-ci est la deuxième, après la quinzième et avant la vingt-cinquième, et son arrivée assombrit brusquement un ensemble jusque-là lumineux. C'est aussi le septième canon de la série, à l'intervalle de septième. Cet intervalle est dissonant par nature, ce qui accentue encore la tension : les deux voix se suivent à une distance qui ne se résout pas d'elle-même, et leur rencontre produit des frottements bien plus âpres que dans les canons précédents. Bach fait converger ici deux moyens d'assombrissement, le mode mineur et l'intervalle instable, sans que la construction canonique en soit affaiblie. La basse continue imperturbablement sa marche sous les deux voix. Le résultat est l'une des pages les plus graves du recueil, et l'un des sommets expressifs de la seconde moitié du cycle. Elle prépare de loin la vingt-cinquième variation, ce grand adagio en mineur que Wanda Landowska surnommait la perle noire.

2 pages

Variations Goldberg — Variation 24 (Canone all'Ottava) BWV 988

Johann Sebastian Bach

Huitième canon du cycle, et le plus immédiatement perceptible de tous. Les deux voix se suivent à l'octave, c'est-à-dire à l'intervalle le plus consonant qui soit après l'unisson : l'oreille reconnaît sans effort que la seconde répète la première, parce qu'elle dit exactement la même chose, une octave plus loin. Bach écrit cette variation à 9/8, une mesure ternaire qui lui donne un balancement de danse pastorale. Le mouvement est souple, régulier, sans aucune tension, et l'ensemble respire une sérénité qui contraste avec la gravité de la vingt et unième variation. Cette alternance de caractères n'est pas laissée au hasard. Le cycle progresse par vagues, faisant se succéder pièces de bravoure, canons et moments de repos, et l'auditeur qui écoute les trente variations d'affilée perçoit cette respiration d'ensemble. La difficulté technique est modérée. Comme dans tous les canons du recueil, l'enjeu est de maintenir trois voix distinctes et de laisser entendre le mécanisme d'imitation sans le souligner lourdement.

2 pages

Variations Goldberg — Variation 28 a 2 Clav. BWV 988

Johann Sebastian Bach

Une variation presque entièrement construite sur des trilles : voilà qui n'existe nulle part ailleurs dans la littérature de clavier de cette époque. Bach fait ici du trille non pas un ornement mais la matière même du discours. Des trilles longs, tenus, se maintiennent à une main pendant que l'autre déroule une ligne, puis les rôles s'échangent, puis les deux mains trillent simultanément. Le résultat est un scintillement continu, une sorte de vibration sonore qui traverse toute la pièce. Nous approchons de la fin du cycle. Après cette variation viendront la vingt-neuvième, massive et accordée, puis le quodlibet qui referme l'ensemble sur une plaisanterie populaire, avant le retour de l'aria initiale. C'est l'une des variations les plus exigeantes du recueil. Tenir un trille long et régulier tout en jouant autre chose de l'autre main relève d'une indépendance des mains peu commune, et le clavier unique du piano n'arrange rien. À réserver aux pianistes confirmés.

3 pages

Questions fréquentes

Piano niveau avancé

Sonates de Beethoven et Schubert, études de Chopin, ballades et scherzos, fugues du Clavier bien tempéré, pièces de Liszt ou Rachmaninov. À ce niveau, ce n'est plus la lecture qui résiste, mais la tenue de l'œuvre et l'interprétation.