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Portrait de Sergei Rachmaninoff, compositeur romantique russe (1873–1943)

romantique · russe

Sergei Rachmaninoff

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𝄞 Biographie

Sergueï Rachmaninov naît en 1873 dans un domaine de la noblesse rurale russe, près de Veliki Novgorod. La famille ruinée, il est envoyé étudier à Saint-Pétersbourg puis à Moscou, où il devient l'élève de Zverev et de Siloti pour le piano, puis de Taneïev et Arenski pour la composition. Il sort major du Conservatoire de Moscou en 1892, à dix-neuf ans, avec une grande médaille d'or.

La création de sa Première Symphonie en 1897, mal exécutée et descendue par la critique (Cui l'aurait comparée à une œuvre des « sept plaies d'Égypte »), le plonge dans une dépression qui le laisse trois ans sans composer. Il en sort en 1900 après une cure menée par le médecin Nikolaï Dahl, et écrit le Concerto pour piano n° 2 Op. 18, qui devient et reste l'un des concertos les plus joués au monde.

Pendant les années qui suivent, il mène une triple carrière de pianiste virtuose, chef d'orchestre (deux saisons au Bolchoï) et compositeur. La Révolution d'octobre 1917 l'oblige à quitter la Russie en décembre, officiellement pour une tournée scandinave. Il n'y reviendra jamais. Installé d'abord à New York, puis partagé entre les États-Unis et l'Europe (une villa au bord du lac de Lucerne, plus tard Beverly Hills), il vit du piano. La composition se raréfie : il dira souvent que l'arrachement à la Russie l'a coupé de sa source d'inspiration.

Pour le piano, il laisse quatre concertos (le Deuxième et le Troisième restent les plus joués), la Rhapsodie sur un thème de Paganini Op. 43 (1934), deux sonates, deux séries de Préludes (Op. 23 et Op. 32) qui complètent l'unique Prélude en ut dièse mineur Op. 3 n° 2 composé à dix-neuf ans et qu'il dut rejouer en bis toute sa vie. Les Études-Tableaux Op. 33 et Op. 39 explorent une matière plus orchestrale.

Il meurt à Beverly Hills en mars 1943, juste avant ses soixante-dix ans, d'un cancer foudroyant. Son écriture pianistique, longtemps tenue pour rétrograde par la critique avant-gardiste, a été pleinement réhabilitée.

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Prélude Op. 23 No. 10 en sol bémol majeur

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Op. 23 No. 10 · 1903

Rachmaninov referme son opus 23 sur une page discrète, presque effacée. Après neuf préludes dont plusieurs comptent parmi les plus démonstratifs de son catalogue, ce dixième choisit le retrait. En sol bémol majeur, tonalité chargée de six bémols qui installe la main haut sur les touches noires, il déroule une mélodie simple sur un accompagnement régulier et doux. Aucun sommet, aucune tension véritable, une nuance qui ne dépasse presque jamais le mezzo forte. La pièce s'éteint plus qu'elle ne conclut. Ce choix de terminer un recueil sur sa page la plus calme n'a rien d'anodin : Rachmaninov concevait ses préludes comme des cycles, avec une progression et un équilibre d'ensemble. Il fera le même geste dans l'opus 32, dont le dernier prélude est également une pièce apaisée. Les dix préludes de l'opus 23 parurent en 1904. Ils forment, avec les treize de l'opus 32 et le célèbre prélude en ut dièse mineur de 1892, un ensemble de vingt-quatre pièces couvrant toutes les tonalités.

Prélude Op. 23 No. 9 en mi bémol mineur

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Op. 23 No. 9 · 1903

C'est le prélude le plus redoutable du recueil, et probablement l'un des plus difficiles que Rachmaninov ait écrits dans ce format. Marqué *Presto*, il est bâti presque entièrement sur des doubles notes rapides à la main droite, dans un mouvement fébrile qui ne se relâche jamais. L'écriture en tierces et en sixtes à cette vitesse constitue l'une des difficultés les plus exigeantes du répertoire pianistique, et elle est ici maintenue sur toute la durée de la pièce. Le mi bémol mineur, tonalité chargée de six bémols, ajoute à l'inconfort. Le caractère est sombre, agité, presque haletant, et la pièce s'achève sans véritable résolution. Publié à Moscou en 1904, le recueil rassemble dix pièces écrites pour l'essentiel dans les deux années précédentes. Rachmaninov les créa lui-même, et ses moyens de pianiste étaient exceptionnels : envergure de main considérable, mécanisme d'une fiabilité redoutée de ses contemporains. Ce prélude en porte le témoignage. À réserver aux pianistes confirmés disposant déjà d'une technique de doubles notes solide.

Prélude Op. 23 No. 8 en la bémol majeur

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Op. 23 No. 8 · 1903

Marqué *Allegro vivace*, ce prélude est un morceau de brillance pure. La main droite y déroule une résille continue de traits rapides et légers, dans un registre plutôt aigu, pendant que la gauche pose des appuis harmoniques et fait affleurer par moments une ligne mélodique. L'effet recherché est celui d'un scintillement. Rien n'est massif ici, contrairement à la plupart des préludes du recueil : tout repose sur la légèreté, la vélocité et l'égalité du toucher. C'est une écriture qui doit paraître facile et qui ne l'est pas. Rachmaninov compose l'opus 23 dans les années qui suivent le succès de son Deuxième Concerto, à un moment où il est reconnu simultanément comme compositeur et comme l'un des plus grands pianistes de son temps. Ces préludes portent la marque de cette double compétence : ils sont conçus par quelqu'un qui savait exactement ce que la main peut faire. Comptez un niveau avancé. La difficulté n'est pas dans la force mais dans le contrôle d'un mouvement rapide sur une longue durée.

Prélude Op. 23 No. 6 en mi bémol majeur

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Op. 23 No. 6 · 1903

Après la violence de la marche en sol mineur, Rachmaninov place une page apaisée, et le contraste est manifestement voulu : dans un recueil de préludes, l'ordre des caractères compte autant que les pièces elles-mêmes. Ce sixième prélude, en mi bémol majeur, avance dans un mouvement fluide et régulier. Une mélodie simple, presque une berceuse, se pose sur un accompagnement continu qui ondule sans jamais s'imposer. L'harmonie reste stable, les modulations sont douces, et la pièce ne connaît aucun véritable point de tension. C'est l'un des préludes les plus accessibles du recueil, et l'un de ceux que l'on recommande à un pianiste souhaitant aborder Rachmaninov sans se heurter d'emblée à ses exigences physiques habituelles. La difficulté y est de nature musicale : produire un son égal et chaleureux sur toute la durée, et faire vivre une mélodie qui ne comporte aucun effet. Le recueil des dix préludes de l'opus 23 fut publié à Moscou en 1904, alors que le compositeur avait trente et un ans et venait d'accéder à la notoriété internationale.

Prélude Op. 23 No. 5 en sol mineur (Alla marcia)

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Op. 23 No. 5 · 1901

## Le plus connu du recueil Si un seul prélude de l'opus 23 est joué partout, c'est celui-ci. Sa marche en sol mineur, martelée et implacable, est devenue l'une des pages les plus identifiables de Rachmaninov, au point d'éclipser les neuf autres pièces du cahier. ## Trois épisodes bien tranchés La marche initiale est sèche, rythmique, presque militaire, avec des accords détachés qui frappent la pulsation sans faiblir. Puis tout s'ouvre : une section centrale en majeur déploie une mélodie ample sur un accompagnement en arpèges, dans un lyrisme qui contraste totalement avec ce qui précède. La marche revient enfin, et la pièce se termine dans le grave, en s'éteignant. Cette architecture, brutalité puis chant puis retour, est un procédé que Rachmaninov emploie souvent, et rarement avec autant d'efficacité. ## Ce qu'elle demande Une main solide pour les accords répétés, une bonne endurance rythmique, et surtout la capacité à changer complètement de son entre les deux caractères. C'est un morceau de concert exigeant, régulièrement inscrit aux programmes de concours.

Prélude Op. 23 No. 4 en ré majeur

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Op. 23 No. 4 · 1903

C'est la page la plus ouvertement lyrique de l'opus 23, et l'une des plus aimées. Marquée *Andante cantabile*, elle repose sur un dispositif simple : la main gauche déroule un accompagnement continu en arpèges larges, souple et sans arêtes, pendant que la main droite chante une mélodie longue, ample, qui se déploie sur de nombreuses mesures avant de rejoindre son sommet. Rachmaninov excellait à ce type de ligne, héritée à la fois de Tchaïkovski et du chant orthodoxe russe. L'écriture ne présente pas de difficulté spectaculaire, mais elle exige beaucoup sur le plan du son. Il faut soutenir une mélodie sur une durée inhabituelle sans qu'elle ne perde sa direction, et maintenir l'accompagnement dans un plan sonore nettement inférieur alors qu'il occupe la majorité des notes. Composé en 1903, ce prélude fait partie du recueil publié l'année suivante. Il est souvent programmé isolément en concert, et figure fréquemment dans les anthologies romantiques destinées aux pianistes de niveau intermédiaire avancé.

Prélude Op. 23 No. 3 en ré mineur (Tempo di minuetto)

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Op. 23 No. 3 · 1903

L'indication *Tempo di minuetto* surprend chez Rachmaninov. Le menuet est une danse de cour du XVIIIe siècle, et rien dans le langage du compositeur ne semble appeler cette référence. C'est pourtant ce qu'il inscrit en tête de ce troisième prélude, et cela renseigne sur le caractère qu'il attend : une allure mesurée, une élégance retenue, une tenue presque cérémonieuse. En ré mineur, la pièce avance sur un rythme pointé qui lui donne une raideur volontaire. Le thème est énoncé avec fermeté, repris, développé, sans que le discours ne s'emballe jamais. C'est l'un des préludes les moins démonstratifs du recueil, et l'un des plus difficiles à interpréter pour cette raison. L'opus 23 fut composé pour l'essentiel en 1901 et 1903, dans les années les plus fécondes de Rachmaninov. Il y prolonge une tradition qui remonte à Chopin, celle du prélude comme pièce brève et autonome, chacune explorant un caractère. Techniquement, il est plus abordable que ses voisins immédiats, ce qui en fait une bonne porte d'entrée dans le recueil.

Prélude Op. 23 No. 2 en si bémol majeur

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Op. 23 No. 2 · 1903

Après un premier prélude grave et intérieur, celui-ci arrive comme un torrent. Marqué *Maestoso*, il est bâti sur une main gauche en mouvement continu, large et puissante, qui balaie le grave du clavier pendant que la droite énonce un thème en accords massifs. C'est de l'écriture pianistique au sens le plus physique : il faut de la force, de l'endurance, et une capacité à produire un grand son sans durcir. La pièce appartient à l'ensemble des dix préludes de l'opus 23, publiés en 1904. Rachmaninov était lui-même un pianiste d'exception, doté d'une envergure de main légendaire, et il écrivait pour ses propres moyens. Cela se sent particulièrement ici. La section centrale offre un répit relatif, plus lyrique, avant que le flux initial ne reprenne et n'emporte la pièce jusqu'à une conclusion éclatante. C'est l'un des préludes les plus exigeants du recueil. Il ne convient pas à un pianiste qui n'aurait pas déjà une solide expérience du grand répertoire romantique.

Prélude Op. 23 No. 1 en fa dièse mineur

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Op. 23 No. 1 · 1903

Rachmaninov ouvre son opus 23 par une pièce grave et repliée sur elle-même, à l'opposé de ce que le public attendait de lui. Il traînait depuis 1892 la célébrité écrasante de son Prélude en ut dièse mineur, joué partout, réclamé à chaque concert, et qu'il finit par détester. L'opus 23 est en partie une réponse à cela. Ce premier prélude, marqué *Largo*, avance lentement en fa dièse mineur. La main droite pose une mélodie retenue tandis que la gauche déroule des figures sombres et amples. L'écriture est dense sans être bruyante, et la pièce ne cherche jamais l'effet. Les dix préludes de l'opus 23 furent composés pour l'essentiel entre 1901 et 1903, période où Rachmaninov, sorti de la dépression qui avait suivi l'échec de sa Première Symphonie, écrit aussi son Deuxième Concerto. C'est le moment où sa langue arrive à maturité. Malgré son apparente sobriété, la pièce demande une main capable d'écarts larges. Rachmaninov avait des mains immenses et n'a jamais vraiment tenu compte de celles des autres.

Prélude en ut dièse mineur, Op. 3 No. 2

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Op. 3 No. 2 · 1892

Le célèbre **Prélude en ut dièse mineur** Op. 3 No. 2 de Rachmaninoff fut composé en 1892 alors qu'il n'avait que 19 ans. Cette œuvre fit immédiatement sa célébrité internationale — au point que Rachmaninoff lui-même finit par la détester, ses publics du monde entier ne demandant que celle-ci. Le prélude s'ouvre sur **trois coups de cloche** redoutables (la-sol#-ut#), puis déploie un **mouvement central agité** avant un final monumental aux *quatre portées*. C'est l'archétype du **romantisme russe** sombre et grandiose.

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