Prélude Op. 16 No. 5 en fa dièse majeur
Alexander Scriabin
Ce cinquième prélude referme l'opus 16 sur une page lumineuse et brève. Le fa dièse majeur, avec ses six dièses, est l'exact miroir du sol bémol majeur employé plus tôt dans le recueil : les mêmes touches, une écriture différente. Cette équivalence, qu'on appelle l'enharmonie, était au coeur des recherches d'une époque où les compositeurs exploraient systématiquement les tonalités éloignées. Scriabine y écrit une musique claire, d'un mouvement souple, où la mélodie se déploie sans obstacle sur un accompagnement régulier. La pièce ne dure qu'une minute environ et fonctionne comme une conclusion apaisée après le prélude en mi bémol mineur qui la précède. L'organisation du recueil obéit à cette logique de contrastes successifs, héritée de Chopin. Chaque prélude installe un climat, le cède au suivant, et l'ensemble ne prend son sens complet qu'écouté d'affilée. Le niveau reste intermédiaire, la lecture en tonalité chargée constituant l'obstacle principal.