harmonie
Cadence rompue
Enchaînement où la dominante se résout sur un accord inattendu (souvent le VIe degré) au lieu de la tonique, créant une surprise qui prolonge le discours.
On attend la tonique, elle ne vient pas. Voilà la cadence rompue. L'accord de dominante, chargé de toute sa tension, devrait retomber sur le premier degré ; au lieu de quoi il bascule ailleurs, le plus souvent sur le sixième degré. La phrase, qui semblait vouloir conclure, repart. C'est une déception organisée, et une des ressources dramatiques les plus efficaces du langage tonal.
Le procédé permet d'allonger une section, de relancer l'élan juste au moment où l'oreille croyait toucher au but. Beethoven en use avec une malice constante, brisant la cadence attendue pour ajouter quelques mesures de suspense avant la vraie conclusion.
Sauf que l'effet ne fonctionne que par contraste. Il faut d'abord installer solidement l'attente d'une cadence parfaite pour que la rupture surprenne. Employée trop souvent, elle perd son mordant. Les meilleurs compositeurs la gardent pour les moments où retarder l'arrivée intensifie tout ce qui précède. Schubert sait ainsi ouvrir soudain une fenêtre sur une tonalité voisine, colorant la surprise d'une lumière nouvelle.