forme
Feuillet d'album
Courte pièce de caractère, à l'origine écrite sur l'album d'un proche ou d'un admirateur ; les Allemands disent Albumblatt.
Au XIXe siècle, tenir un album fait partie des usages de la bonne société : un cahier relié où l'on recueille dessins, poèmes et autographes de ses visiteurs. Quand le visiteur est compositeur, il y laisse quelques mesures. De cette pratique mondaine est né un genre à part entière, le feuillet d'album — Albumblatt en allemand —, courte pièce pour piano au ton intime, sans prétention formelle, souvent dédiée à une personne précise. La plus célèbre de toutes est sans doute la bagatelle en la mineur de Beethoven connue sous le nom de Lettre à Élise, restée dans un tiroir du vivant du compositeur et publiée des décennies plus tard. Mais c'est l'époque romantique qui fait du feuillet une catégorie éditoriale : Schumann rassemble ses Albumblätter dans son opus 124, Grieg en publie plusieurs recueils, Scriabine en écrit encore au début du XXe siècle. Le titre finit par désigner moins une circonstance réelle qu'un format : une page ou deux, une idée unique, un caractère affirmé. Certains feuillets furent réellement offerts, d'autres composés directement pour l'édition, le nom servant alors d'étiquette commode. Pour le pianiste, ces pièces offrent un répertoire de choix — de la musique de compositeurs majeurs dans des dimensions abordables. Une confidence plutôt qu'un discours.
Exemples
Les Albumblätter op. 124 de Schumann réunissent vingt miniatures composées sur près de vingt ans. Grieg en donne quatre dans son op. 28. Le Feuillet d'album op. 45 n° 1 de Scriabine, page délicate en mi bémol majeur, reste l'un des plus joués ; Beethoven, avec la Lettre à Élise, a écrit sans le savoir le feuillet d'album le plus célèbre du répertoire.