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Cœur du répertoire

Partitions piano intermédiaire

250 partitions de piano gratuites du domaine public

À ce niveau, on entre dans le grand répertoire pianistique : préludes de Chopin, inventions de Bach, sonatines classiques, valses lyriques. La technique demande plus d'autonomie des mains, et l'interprétation devient un vrai chantier — phrasé, pédale, dosage des nuances. C'est aussi le moment où l'écoute critique se forme : comparer plusieurs interprétations devient une habitude utile.

Prélude Op. 11 No. 1 en do majeur

Alexander Scriabin

Les vingt-quatre préludes de l'opus 11 suivent un modèle explicite : une pièce dans chacune des vingt-quatre tonalités, exactement comme Chopin dans son opus 28. Scriabine y travailla près de dix ans, de 1888 à 1896, et le recueil constitue le meilleur portrait de sa première manière. Ce premier prélude, en do majeur, ouvre l'ensemble sur une page fluide et ondoyante. Sa particularité est rythmique : les deux mains ne divisent pas le temps de la même façon, et leurs figures se superposent sans jamais coïncider franchement. Cette polyrythmie crée un flottement caractéristique, une impression de balancement irrégulier qui deviendra une signature du compositeur. Scriabine avait alors une vingtaine d'années et se produisait comme pianiste dans toute l'Europe, joué et édité grâce au soutien du mécène Mitrofan Beliaïev. La pièce est brève. Sa difficulté ne tient pas aux notes mais à la coordination entre deux mains qui comptent différemment.

1 page

Petite Gigue en sol majeur, K. 574

Wolfgang Amadeus Mozart

Une page écrite dans l'album d'un organiste Mozart passe par Leipzig au printemps 1789, pendant le voyage qui doit le mener à Berlin. Il visite l'église Saint-Thomas, où Bach avait travaillé quarante ans plus tôt, et il y entend le choeur. L'épisode l'a manifestement remué : cette gigue, datée du 17 mai 1789, est écrite dans l'album de l'organiste de la cour Karl Immanuel Engel, et elle ne ressemble à presque rien d'autre dans son catalogue pour clavier. Du Mozart qui sonne comme du Bach La pièce dure une minute et demie. Elle est en sol majeur, à 6/8, et écrite à deux voix strictes, comme une invention. Le sujet part sur un saut disloqué, se retourne, module sans prévenir. Le chromatisme y est constant, les intervalles inconfortables, les accents rarement là où l'oreille les attend. Ce n'est pas une gigue de danse. C'est un exercice d'écriture, presque un hommage, où Mozart pousse le contrepoint baroque vers une bizarrerie harmonique qui n'appartient qu'à lui. Ce qu'elle demande La difficulté est trompeuse. Aucun passage n'est rapide au sens virtuose, mais l'indépendance des mains y est totale et la lecture reste inconfortable jusqu'au bout : les deux voix ne se croisent jamais aux endroits prévisibles.

2 pages

Romances sans paroles Op. 102 No. 3 « Tarantelle » en do majeur

Felix Mendelssohn

La tarentelle tire son nom d'une croyance du sud de l'Italie : la morsure de la tarentule provoquait une transe qu'il fallait épuiser en dansant jusqu'à l'effondrement. La danse qui en est née est rapide, à 6/8, et ne s'arrête jamais. Mendelssohn en écrit ici une version de salon, brillante et légère. Cette pièce referme presque le huitième et dernier cahier des Romances sans paroles, publié en 1868, vingt et un ans après la mort du compositeur. Mendelssohn avait inventé le genre à la fin des années 1820 et y est revenu toute sa vie : quarante-huit pièces au total, courtes, chantantes, conçues pour le piano domestique qui s'installait alors dans les salons bourgeois d'Europe. Celle-ci ne chante pas vraiment. Presto, en do majeur, elle file en croches ininterrompues sur un accompagnement bondissant, et son intérêt est entièrement rythmique et digital. La main droite doit rester légère et parfaitement égale sur toute la durée, ce qui est plus fatigant qu'il n'y paraît. Elle sert souvent de pièce de fin de programme, ou de morceau d'examen pour tester l'endurance et la régularité d'un élève de niveau moyen. Deux minutes de mouvement perpétuel ne pardonnent aucune faiblesse de main droite.

2 pages

Les Saisons Op. 37 No. 1 — Janvier (Au coin du feu)

Pyotr Ilyich Tchaikovsky

En 1875, la revue pétersbourgeoise Le Nouvelliste commanda à Tchaïkovski une pièce pour piano par mois, à paraître dans chaque numéro de l'année suivante. Chacune serait accompagnée d'une épigraphe poétique choisie par l'éditeur. Ainsi naquirent Les Saisons, douze miniatures que le compositeur écrivit sans grande conviction et qui comptent aujourd'hui parmi ses pages les plus jouées. Janvier ouvre le cycle sous le titre Au coin du feu, accompagné de vers de Pouchkine évoquant un coin de paix et de tranquillité. La musique est à l'avenant : une mélodie douce en la majeur, un accompagnement en accords, un climat d'intérieur chaleureux. La section centrale s'anime légèrement, plus mobile, avant le retour du thème initial. L'écriture est celle d'un compositeur qui pense en termes d'orchestre : les voix intermédiaires y sont nombreuses et donnent à la texture une épaisseur inhabituelle pour une pièce d'apparence si simple. Comptez un niveau intermédiaire. La difficulté est dans l'équilibre des voix, pas dans les doigts.

6 pages

Les Saisons Op. 37 No. 2 — Février (Carnaval)

Pyotr Ilyich Tchaikovsky

Une commande de magazine En 1875, l'éditeur Nikolaï Bernard propose à Tchaïkovski une série pour sa revue Le Nouvelliste : une pièce pour piano par mois, publiée en tête de chaque numéro de l'année 1876, chacune accompagnée d'un poème russe. Tchaïkovski accepte, demande à son domestique de le prévenir aux échéances, et livre les douze pièces sans y attacher grande importance. Elles sont aujourd'hui parmi ses partitions pour piano les plus jouées. Février, c'est Maslenitsa Le mois de février correspond à la semaine du carnaval russe, Maslenitsa, qui précède le grand carême orthodoxe : une semaine de crêpes, de traîneaux et de fêtes de rue. La pièce en restitue l'agitation joyeuse. Vive et bondissante, elle alterne un refrain entraînant et des épisodes plus mélodiques, avec des accents de danse populaire et des sonorités qui évoquent l'accordéon et les cloches. Ce qu'elle demande C'est l'une des pièces les plus exigeantes du recueil. Le tempo est rapide, les changements de position nombreux, et l'écriture en accords répétés à la main droite demande un poignet endurant. Les passages en octaves de la fin ne sont pas anecdotiques. Comptez un niveau intermédiaire solide, voire au-delà.

6 pages

Mazurka Op. 33 No. 1 en sol dièse mineur

Frédéric Chopin

Chopin a écrit une cinquantaine de mazurkas tout au long de sa vie, davantage que dans aucun autre genre. C'est là, plus que dans les grandes oeuvres de concert, qu'il faut chercher son rapport à la Pologne qu'il avait quittée à vingt ans sans jamais y revenir. La mazurka n'est pas une danse unique mais une famille de danses de la région de Mazovie, avec des caractères et des vitesses distincts. Toutes partagent une mesure à trois temps et une particularité rythmique décisive : l'accent ne tombe pas sur le premier temps, comme dans la valse, mais sur le deuxième ou le troisième. Cette bascule donne au genre sa démarche inimitable, à la fois boiteuse et élégante. Cette mazurka en sol dièse mineur, publiée en 1838, est brève et mélancolique. Elle ne cherche pas l'effet et repose entièrement sur la justesse du rythme et de la couleur harmonique. Sa difficulté technique est modeste. Sa difficulté d'interprétation ne l'est pas du tout.

2 pages

Romances sans paroles Op. 19 No. 5 en fa dièse mineur

Felix Mendelssohn

L'idée d'une mélodie sans texte est de Mendelssohn lui-même, et le titre qu'il lui a donné a fait fortune. Ses quarante-huit Romances sans paroles, réparties en huit cahiers publiés entre 1829 et 1845, sont devenues le modèle de la pièce de caractère romantique et l'un des piliers du répertoire des salons du XIXe siècle. Interrogé sur le sens de ces pièces, il répondit un jour qu'une bonne musique ne dit pas des choses trop imprécises pour être mises en mots, mais au contraire trop précises. La formule éclaire tout le recueil : ces romances ne cachent pas un poème, elles disent quelque chose que le langage ne peut pas dire. Cette cinquième pièce du premier cahier, en fa dièse mineur, est agitée et sombre, avec un accompagnement mobile qui presse en permanence sous la mélodie. Elle tranche sur les pages plus paisibles du recueil. Comptez un niveau intermédiaire solide.

6 pages

Romances sans paroles Op. 19 No. 6 « Chant du gondolier vénitien » en sol mineur

Felix Mendelssohn

Mendelssohn a écrit trois Chants du gondolier vénitien dans ses Romances sans paroles, dispersés dans trois cahiers différents. Celui-ci est le premier, et il installe le modèle. Le principe est celui de la barcarolle : une mesure à 6/8, un balancement régulier à la main gauche qui imite le mouvement de la rame et de l'eau, une mélodie mélancolique par-dessus. Le compositeur avait séjourné en Italie en 1830 et 1831, lors du grand voyage de formation qui le mena aussi en Écosse, et ses impressions vénitiennes ont nourri ces pages. En sol mineur, la pièce est brève et retenue. Elle ne raconte rien de précis : elle installe une atmosphère nocturne et la tient jusqu'au bout, sans épisode contrastant ni point culminant marqué. C'est l'une des romances les plus jouées du recueil, et l'une des plus accessibles. Comptez un niveau intermédiaire.

2 pages

Romances sans paroles Op. 30 No. 6 « Chant du gondolier vénitien » en fa dièse mineur

Felix Mendelssohn

Deuxième des trois Chants du gondolier vénitien du recueil, cette pièce reprend le dispositif du premier en l'approfondissant. Le balancement de barcarolle est là, en 6/8, comme la mélodie mélancolique qu'il soutient. Mais l'écriture est plus riche : l'harmonie se colore davantage, la mélodie se déploie sur des phrases plus longues, et la pièce s'autorise une montée expressive que le premier gondolier n'avait pas. Comparer les deux est instructif. Mendelssohn ne se répète pas, il revient sur une idée pour en tirer autre chose, comme un peintre reprenant un motif à des années d'intervalle. Le troisième et dernier de la série, publié plus tard encore, poussera l'exercice plus loin. Le fa dièse mineur donne à cette version une couleur plus sombre et plus voilée que le sol mineur du premier. Publiée en 1835, la pièce reste accessible à un pianiste intermédiaire et compte parmi les plus aimées du recueil.

2 pages

Romances sans paroles Op. 53 No. 5 « Folksong » en la mineur

Felix Mendelssohn

Le titre de Folksong, chanson populaire, ne renvoie à aucun air existant. Mendelssohn l'emploie comme une indication de caractère : quelque chose de direct, de rude peut-être, en tout cas d'éloigné du raffinement de salon qui domine ailleurs dans le recueil. La pièce est en effet inhabituellement énergique. En la mineur, elle avance d'un pas ferme, avec une mélodie carrée et un accompagnement qui martèle plus qu'il n'accompagne. L'ensemble a quelque chose de collectif, presque orchestral, très différent des romances intimes du premier cahier. Cette diversité fait la valeur des quarante-huit pièces. Sous une étiquette commune, Mendelssohn y range des barcarolles, des chants de chasse, des marches funèbres, des pages agitées et des miniatures paisibles. Le cinquième cahier fut publié en 1841, à l'époque où le compositeur dirigeait le Gewandhaus de Leipzig et s'apprêtait à y fonder le conservatoire. Comptez un niveau intermédiaire solide.

5 pages

Romances sans paroles Op. 85 No. 1 en fa majeur

Felix Mendelssohn

Les deux derniers cahiers de Romances sans paroles, les opus 85 et 102, furent publiés après la mort de Mendelssohn, survenue en 1847 alors qu'il n'avait que trente-huit ans. Ce sont des pièces qu'il n'avait pas destinées à la publication de son vivant, ou qu'il n'avait pas eu le temps de réunir. Cette première pièce de l'opus 85, en fa majeur, est une page paisible et chantante. Une mélodie simple se déploie sur un accompagnement régulier en accords brisés, dans un climat serein, sans conflit ni contraste marqué. C'est la formule la plus caractéristique du recueil, appliquée avec une maîtrise complète. Sa simplicité apparente est trompeuse. Il n'y a aucun trait brillant pour retenir l'attention, aucun effet pour masquer une faiblesse : tout repose sur la qualité du chant et la régularité de l'accompagnement. C'est un excellent morceau de travail du son pour un pianiste intermédiaire, et une pièce reposante à jouer.

2 pages

Impromptu Op. 142 No. 2 en la bémol majeur, D. 935

Franz Schubert

C'est le plus simple des huit impromptus, et c'est sans doute pourquoi on le donne si souvent aux élèves. Sa simplicité est pourtant trompeuse. La forme est claire : un thème calme en la bémol majeur, accordé comme un choral, puis une section centrale en ré bémol majeur au caractère plus fluide, puis le retour du thème. Aucun trait virtuose, aucune difficulté digitale notable, un tempo modéré du début à la fin. Toute la difficulté est ailleurs. Il faut faire chanter une mélodie confiée aux notes supérieures d'accords pleins, tenir une pulsation calme sans qu'elle devienne monotone, et donner du relief à une pièce qui ne contient aucun effet spectaculaire pour aider l'interprète. C'est le genre de morceau où l'on entend immédiatement la qualité du toucher. Composé en décembre 1827 et publié après la mort de Schubert, il appartient au dernier recueil de pièces pour piano seul que le compositeur ait achevé. Le calme apparent de cette page est celui d'une année où il savait sa santé perdue.

6 pages

Questions fréquentes

Piano niveau intermédiaire

Un pianiste intermédiaire a en général 3 à 5 ans de pratique. Il lit couramment, joue les deux mains ensemble sans y penser, et aborde la polyphonie, les ornements et le rubato. Les préludes de Chopin et les inventions de Bach sont typiques de ce palier.