theorie
Contre-sujet
Dans une fugue, contrepoint récurrent qui accompagne le sujet à chacune de ses entrées, conçu pour le compléter sans le masquer.
Quand la deuxième voix d'une fugue énonce le sujet, la première ne se tait pas : elle poursuit avec une ligne nouvelle, taillée pour s'entrelacer au thème. Si cette ligne revient fidèlement à chaque entrée du sujet, elle mérite le nom de contre-sujet. Le cahier des charges est serré. Rythmiquement, le contre-sujet comble les vides du sujet : où le thème tient une longue, il bouge ; où le thème court, il se pose. Harmoniquement, il doit fonctionner en contrepoint renversable, c'est-à-dire sonner juste aussi bien au-dessus qu'au-dessous du sujet, puisque les entrées successives le promèneront d'une voix à l'autre. Mélodiquement, il lui faut un profil assez marqué pour être reconnu, assez discret pour ne pas voler la vedette. Certaines fugues s'offrent deux contre-sujets réguliers ; le tissu devient alors une mécanique à trois éléments permutables, ce que les traités nomment contrepoint triple. Mais toutes les fugues n'ont pas de contre-sujet : beaucoup se contentent de contrepoints libres, renouvelés à chaque entrée, et ne s'en portent pas plus mal. Pour le pianiste, identifier le contre-sujet change le travail au quotidien. C'est une deuxième mélodie à faire vivre, avec sa propre articulation, son propre phrasé — pas un remplissage entre deux entrées du thème.
Exemples
La Fugue en ut mineur du premier livre du Clavier bien tempéré de Bach (BWV 847) sert d'exemple dans tous les traités : son sujet s'accompagne de deux contre-sujets réguliers en contrepoint triple. L'Art de la fugue pousse la logique à son terme. Chez Mendelssohn, les fugues de l'op. 35 reprennent cet artisanat avec un lyrisme romantique.