forme
Fugato
Passage écrit à la manière d'une fugue — entrées successives d'un thème en imitation — au sein d'une œuvre qui n'en est pas une.
Une fugue engage son compositeur du début à la fin : exposition, épisodes, strettes. Le fugato, lui, n'engage à rien. Il emprunte le geste d'ouverture de la fugue — un thème énoncé seul, repris voix après voix en imitation — puis s'en va comme il est venu, fondu dans le discours général. On le trouve typiquement au cœur d'un développement de sonate ou dans une variation, là où le compositeur veut densifier la texture et donner à son matériau une gravité savante. L'effet est immédiat : la musique semble soudain se retrousser les manches. Chez Beethoven, le procédé devient une signature des dernières années ; le développement du finale de la Sonate op. 101 se lance dans un fugato serré, avant que la récapitulation ne rétablisse l'ordre. Liszt s'en souvient dans sa Sonate en si mineur, dont le fugato central, sardonique et feutré, relance l'œuvre entière après le grand épisode lyrique. Pour l'interprète, ces pages posent un problème précis : faire entendre chaque entrée du thème sans transformer le passage en exercice scolaire. La main qui accompagne doit s'effacer juste ce qu'il faut — ça dépend de l'acoustique, de l'instrument, du tempo choisi. La règle, elle, ne bouge pas : penser en voix, comme un chef qui distribue la parole à ses pupitres.
Exemples
Le finale de la Sonate op. 101 de Beethoven contient un fugato de développement d'une belle férocité ; la Sonate en si mineur de Liszt place le sien, moqueur et pianissimo, juste après l'épisode lent. On en croise aussi dans les Variations sérieuses op. 54 de Mendelssohn, où une variation entière prend l'allure d'un fugato.