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Grand répertoire

Partitions piano avancé

165 partitions de piano gratuites du domaine public

Le grand répertoire classique au sens plein : sonates pleines, études transcendantes, ballades, fugues complexes, scherzos de virtuoses. À ce stade, la technique est censée être un outil maîtrisé ; le défi est ailleurs — tenir une œuvre de 20 minutes, faire émerger sa structure, choisir ses interprétations de référence. Ces partitions appartiennent au domaine public, mais leur exécution reste une affaire de vie entière.

Golliwogg's Cakewalk (Children's Corner No. 6)

Claude Debussy

Debussy achève en 1908 le Children's Corner, six pièces dédiées à sa fille Claude-Emma, trois ans, qu'il appelait Chouchou. Golliwogg's Cake-walk en est la dernière et la plus célèbre. Le cake-walk était une danse afro-américaine arrivée à Paris par les orchestres et les spectacles de music-hall, et Debussy en reprend le rythme syncopé avec une jubilation évidente. Le golliwogg, lui, était une poupée de chiffon populaire à l'époque. Au milieu de la pièce survient une plaisanterie devenue célèbre : Debussy cite les premières mesures de Tristan et Isolde de Wagner, marquées « avec une grande émotion », aussitôt interrompues par des accords moqueurs. Le compositeur, qui admirait Wagner tout en refusant son influence, règle là un compte en souriant. Rythmiquement redoutable, la pièce demande une main gauche imperturbable sous une droite qui joue à contretemps.

30 pages

Sonate No. 21 « Waldstein » Op. 53

Ludwig van Beethoven

Composée en 1803 et 1804, la vingt et unième sonate est dédiée au comte Ferdinand von Waldstein, le protecteur qui avait financé le départ de Beethoven de Bonn pour Vienne. En France, on la surnomme parfois L'Aurore, pour la lumière du dernier mouvement. Beethoven venait d'acquérir un piano Érard à six octaves et demie, et l'œuvre exploite cet instrument neuf : registre étendu, accords tenus par la pédale, notes répétées d'une rapidité inédite. Le premier mouvement s'ouvre sur des accords répétés pianissimo qui installent une énergie contenue. Un mouvement lent existait, un Andante que Beethoven jugea trop long et qu'il publia séparément sous le nom d'Andante favori. Il le remplaça par une courte Introduzione, quelques pages suspendues qui débouchent sans interruption sur le finale. Ce finale, un rondo vaste et lumineux, contient des traits en octaves glissées qui comptent parmi les pages les plus redoutées du répertoire.

33 pages

Grande valse brillante Op. 18 en mi bémol majeur

Frédéric Chopin

Publiée en 1834, c'est la première valse que Chopin livre à l'impression, et le modèle de ce qu'il appellera la valse brillante : une musique de bal transformée en pièce de concert, trop rapide et trop ornée pour qu'on puisse réellement y danser. Après une fanfare d'appel qui installe le mi bémol majeur, les thèmes s'enchaînent sans temps mort : une mélodie bondissante ponctuée d'accents, un épisode plus chantant, un autre en notes répétées, puis le retour du premier avec une coda éclatante. Chopin a vingt-quatre ans, il vient de s'installer à Paris, et cette valse fait de lui l'un des compositeurs à la mode des salons. Berlioz, Liszt et Schumann la remarquent aussitôt. Elle reste l'une des valses les plus jouées, et l'une des plus exigeantes en endurance : le tempo ne retombe jamais.

9 pages

L'Art de la fugue — Contrapunctus II, BWV 1080

Johann Sebastian Bach

Deuxième pièce de L'Art de la fugue, ce contrapunctus reprend exactement le thème en ré mineur exposé au début du recueil, mais le pare d'un rythme pointé qui change tout son caractère. Ce balancement long-bref, emprunté à l'ouverture à la française, donne à la pièce une allure de marche solennelle là où le Contrapunctus I avançait d'un pas égal. Bach démontre ainsi qu'un même sujet peut changer de visage sans changer une seule note. L'écriture reste à quatre voix, gravée sur quatre portées dans l'édition de 1751, et la fugue suit le plan d'école : exposition, épisodes, réentrées du thème dans chaque voix. Pour le pianiste, la difficulté principale est rythmique : tenir le pointé avec exactitude d'un bout à l'autre, sans le transformer en triolet ni le raidir.

5 pages

L'Art de la fugue — Contrapunctus III, BWV 1080

Johann Sebastian Bach

Dans cette troisième fugue du recueil, Bach retourne son thème : ce qui montait descend, ce qui descendait monte. Le sujet est énoncé en miroir, procédé que les musiciens appellent renversement. L'effet n'est pas seulement technique. La ligne renversée sonne plus plaintive que l'original, et Bach l'accompagne d'un contre-sujet chromatique, plein de demi-tons glissants, qui installe une couleur inquiète très différente des deux pièces précédentes. Les syncopes y sont nombreuses : les voix entrent à contretemps, se décalent, et l'oreille perd un instant l'appui de la mesure avant que la cadence ne la remette d'aplomb. C'est la première pièce de L'Art de la fugue où l'on sent que le cycle ne sera pas une simple démonstration d'école, mais un parcours expressif.

3 pages

L'Art de la fugue — Contrapunctus IV, BWV 1080

Johann Sebastian Bach

Quatrième et dernière des fugues simples qui ouvrent L'Art de la fugue, cette pièce est aussi la plus développée. Le thème y apparaît de nouveau renversé, mais Bach lui adjoint un motif de notes répétées qui revient sans cesse et finit par donner son allure à toute la fugue. Les épisodes s'allongent, les séquences se répondent d'une voix à l'autre, et le discours prend une ampleur que les trois premiers contrapunctus n'avaient pas. On y entend déjà le compositeur qui déborde le cadre de la démonstration. Cette fugue n'apparaît pas dans le manuscrit autographe conservé de l'œuvre : Bach l'a ajoutée au moment de préparer l'édition gravée, publiée en 1751, après sa mort. Elle demande de l'endurance, une conduite de voix claire, et la capacité de garder le fil d'un discours long.

5 pages

L'Offrande musicale — Ricercar à 6, BWV 1079

Johann Sebastian Bach

En mai 1747, Bach rend visite à son fils Carl Philipp Emanuel, employé à la cour de Frédéric II de Prusse. Le roi lui soumet un thème et lui demande d'improviser une fugue. Bach s'exécute à trois voix. Le roi en réclame alors une à six voix : Bach préfère différer et la composera de retour à Leipzig. Ce ricercar à six voix est le résultat, publié la même année dans L'Offrande musicale, gravé sur six portées, une par voix. La présentation dit assez l'ambition : il s'agit moins d'une pièce à jouer que d'une démonstration de ce que le contrepoint permet. Le thème royal, long et chromatique, descend par degrés avant de remonter. Bach le fait circuler entre six lignes qui ne s'interrompent jamais vraiment. Au piano, la difficulté est physique autant qu'intellectuelle : six voix pour dix doigts, avec des accords qui dépassent parfois l'octave.

12 pages

Variations Goldberg — Variation 20 a 2 Clav., BWV 988

Johann Sebastian Bach

Publiées en 1741 comme quatrième partie de la Clavier-Übung, les Variations Goldberg déroulent trente variations sur la basse d'une aria. La vingtième est de celles que Bach destine explicitement aux deux claviers du clavecin. C'est une pièce de virtuosité pure : des triolets de doubles croches qui roulent sans interruption, passant d'une main à l'autre, avec des croisements permanents. Sur un clavecin à deux claviers, les mains évoluent à des étages différents et ne se gênent pas. Sur un piano, elles occupent le même espace, et c'est là que tout se complique. Elle arrive aux deux tiers du recueil, entre une variation lente et le canon à la sixte, comme une décharge d'énergie au milieu d'une architecture très construite. Le nom de Goldberg vient d'une anecdote rapportée par le premier biographe de Bach, aujourd'hui discutée : un jeune claveciniste aurait joué ces pages pour un comte insomniaque.

2 pages

Variations Goldberg — Variation 23 a 2 Clav., BWV 988

Johann Sebastian Bach

La vingt-troisième variation est la plus joueuse du recueil. Bach y fait dialoguer les deux mains par imitations serrées, puis les lance dans des gammes en tierces parallèles et des croisements rapides, avec une évidente jubilation. Écrite pour les deux claviers du clavecin, elle multiplie les moments où les mains se croisent ou occupent le même registre. Au piano, cela devient un exercice de cohabitation : il faut décider qui passe dessus, qui dessous, et parfois redistribuer quelques notes. Elle occupe une place stratégique dans le recueil, juste avant le canon à l'octave et la grande variation en sol mineur, comme un dernier éclat de lumière avant l'ombre. Plusieurs interprètes la considèrent comme la plus difficile des trente, non par sa longueur mais par la précision qu'exige ce jeu d'entrelacement.

2 pages

Variations Goldberg — Variation 26 a 2 Clav., BWV 988

Johann Sebastian Bach

Cette variation superpose deux musiques qui n'ont pas le même mètre. Une main déroule des arabesques rapides notées en 18/16, pendant que l'autre joue une sarabande à trois temps, grave et mesurée. Puis les rôles s'échangent. L'effet est vertigineux : on entend simultanément une danse de cour et un tourbillon, sans que l'une prenne le pas sur l'autre. Bach signe là l'une des pages les plus audacieuses du recueil, et l'une des plus difficiles à tenir. La notation elle-même impressionne : deux chiffrages de mesure différents cohabitent sur la même page, un pour chaque main. Le clavecin à deux claviers permettait de séparer nettement les deux plans sonores. Elle précède immédiatement le canon à la neuvième, puis les deux dernières variations. Le recueil entre ici dans sa phase finale, la plus virtuose.

3 pages

Variations Goldberg — Variation 29 a 1 ovvero 2 Clav., BWV 988

Johann Sebastian Bach

Avant-dernière des trente variations, celle-ci est la plus massive. Bach abandonne la finesse contrapuntique pour des accords répétés qui alternent entre les mains, dans un martèlement que le clavecin transformait en véritable déferlante. L'indication « a 1 ovvero 2 Clav. » signifie qu'elle peut se jouer sur un seul clavier ou sur deux, au choix de l'interprète. C'est la seule du recueil à laisser cette liberté. Elle prépare la chute du recueil : après elle vient le Quodlibet, où Bach superpose deux chansons populaires de son époque, puis le retour de l'aria du début, inchangée après trente variations. Sur un piano moderne, le défi consiste à faire sonner cette page pleinement sans la rendre brutale. L'instrument y pousse naturellement.

5.0
2 pages

Fugue No. 20 en la mineur, BWV 865 (Le Clavier bien tempéré, Livre I)

Johann Sebastian Bach

Avec ses quatre-vingt-sept mesures, cette fugue à quatre voix est la plus longue du premier livre du Clavier bien tempéré. Bach y déploie à peu près tout ce que la forme permet : entrées en strette, sujet renversé, épisodes qui s'éloignent puis ramènent le thème. Son sujet, long et sinueux, tourne autour de la note la avant de redescendre. On l'entend passer de voix en voix pendant toute la pièce, parfois deux fois en même temps, jusqu'à une coda où la main gauche tient une pédale grave pendant que le reste s'agite au-dessus. Cette conclusion est si large que certains y ont vu une pièce d'orgue : la main gauche doit tenir une note pendant plusieurs mesures tout en continuant de jouer, ce qui suppose de répartir les voix entre les deux mains. C'est l'une des fugues les plus exigeantes du recueil, autant pour la mémoire que pour les doigts.

6 pages

Questions fréquentes

Piano niveau avancé

Sonates de Beethoven et Schubert, études de Chopin, ballades et scherzos, fugues du Clavier bien tempéré, pièces de Liszt ou Rachmaninov. À ce niveau, ce n'est plus la lecture qui résiste, mais la tenue de l'œuvre et l'interprétation.