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Compositeurs

Le ragtime au piano : à la découverte de Scott Joplin

Scott Joplin, roi du ragtime, a fait entrer la syncope et le Maple Leaf Rag au piano. Petit guide pour découvrir sa musique et bien la jouer.

·5 min de lecture·Par Gaëtan R.
Illustration : Le ragtime au piano : à la découverte de Scott Joplin

Un pianiste qui a changé la musique populaire

Scott Joplin (1868-1917) est le nom qu'on associe d'abord au ragtime. Fils d'un ancien esclave, il grandit au Texas et apprend le piano presque seul, avant de recevoir les leçons d'un professeur allemand installé dans sa ville. Devenu pianiste itinérant dans le Missouri, il publie en 1899 un morceau qui va tout changer : le Maple Leaf Rag. Le succès est immense et durable, au point qu'on lui donne bientôt le surnom qui lui restera : le « roi du ragtime ».

Ce qui fait le ragtime

Le ragtime repose sur un contraste simple à décrire, plus difficile à tenir aux doigts. La main gauche marque un accompagnement régulier, presque une marche, qui alterne basses et accords sur un tempo stable. Par-dessus, la main droite joue une mélodie décalée, qui tombe souvent entre les temps : c'est la syncope, le moteur du style. Cette friction entre une pulsation carrée et une ligne qui bouscule l'appui donne au ragtime sa démarche chaloupée, à la fois dansante et malicieuse. Contrairement au jazz qui viendra ensuite, le ragtime s'écrit entièrement : rien n'est laissé à l'improvisation, tout figure sur la partition, note pour note.

Joplin tenait à une exécution soignée. Il inscrivait sur ses partitions une consigne restée célèbre : il ne faut jamais jouer le ragtime vite. Le morceau perd son balancement dès qu'on le précipite ; la clarté de la main gauche et le dessin de la main droite demandent au contraire de la retenue.

Deux morceaux pour commencer

Le Maple Leaf Rag reste la porte d'entrée historique, mais c'est aussi un vrai défi pour la main gauche. Beaucoup de pianistes préfèrent débuter par The Entertainer, paru en 1902, dont la mélodie est connue de presque tout le monde. Sa main droite bavarde se travaille lentement, phrase après phrase, avant d'assembler l'ensemble. Dans les deux cas, le secret tient dans l'indépendance des mains : la gauche doit tourner comme une horloge pendant que la droite respire.

Un compositeur ambitieux

Joplin ne se voyait pas seulement en amuseur de saloon. Il a cherché toute sa vie à hisser le ragtime au rang de musique de concert, et il a composé un opéra, Treemonisha, qu'il ne verra jamais monté de son vivant. Mort à New York en 1917, il tombe un temps dans l'oubli. Puis son œuvre revient en pleine lumière : un prix Pulitzer lui est décerné à titre posthume en 1976, et le cinéma remet The Entertainer sur toutes les lèvres quand le film L'Arnaque, en 1973, en fait son thème principal.

Jouer Joplin aujourd'hui

Toute la musique de Joplin appartient au domaine public, ce qui la rend libre à jouer et à partager. Pour l'aborder, on choisit un tempo modéré, on isole d'abord la main gauche jusqu'à ce qu'elle devienne un réflexe, puis on ajoute la main droite sans forcer. Le ragtime récompense la patience : bien posé, il roule presque tout seul. Pour explorer d'autres pièces libres de droits, la page de Scott Joplin rassemble ses partitions et de quoi prolonger l'écoute.

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